Désarroi

1 milène tournier - Méditation pleurée, au désarroi - 10 nov 2020

… ce commentaire qui n’en est pas vraiment un, en désordre, inachevé et bien trop long (inadapté peut-être aussi, et alors pardon, mais c’est que ça travaille ici aussi) : quand on regarde la vidéo et qu’on en ressort au bord des larmes – en deux minutes, et il s’est passé quoi ? – quand on se dit qu’on s’est trompé, qu’on aurait pas dû, que ce n’était pas pour moi/toi – mais que si, que si en fait – si, c’était pour moi/toi – parce qu’elle ne l’aurait pas fait sinon, elle ne l’aurait pas fait Milène – et qu’est-ce qu’elle a fait ? qu’est-ce qu’elle fait là, Milène ? – elle dit comme Rousseau, entendant les hommes et les femmes (et enfants) du peuple, que « le premier mot ne fut pas chez eux “aimez-moi”, mais “aidez-moi” » – c’est idiot de penser à ça, bien sûr, mais c’est ce qui me/te vient, comme premier bouclier face au désarroi – parce qu’il faut s’en protéger, parce qu’il faut se défendre, parce qu’il faut le combattre – et c’est ça qu’elle fait, Milène – les larmes aux yeux dans les images, plein les mains, plein les mots sur le clavier, plein la voix dans le micro – c’est ça et elle est pas toute seule, elle le fait pas toute seule – elle s’adresse au peuple, bannière LittéraTube – elle le dit avec ce qu’elle sait faire de mieux, avec son métier, le mot et l’image, la vidéo et la voix, du montage – pour démonter son désarroi – avec un peu de chance, c’est retrouver son arroi, réunir son équipage, son peuple – le préparer au combat, le mettre en lignes – ne fût-ce qu’une poignée d’hommes, mais qui savent aussi ce que c’est, une tête en bois flotté dans la « cascade, dans le couloir aux larmes » – et pardon, pardon de jouer avec les mots comme ça, la citation – la convocation de ce vieux mot, arroi – pardon d’être allé le chercher dans les dicos, ce vieux mot, et d’utiliser l’imaginaire qu’il implique, mais c’est une autre façon de se protéger, à défaut de comprendre – une autre armure – d’abord ce qui passe par la tête, sous le coup de l’émotion, un peu sonné (aimez-moi… aidez-moi) – et on reprend ses esprits, du moins on le croit, avec un examen de conscience au fond des mots – du fond des âges, et il ne reste presque plus rien, sinon le grand arroi – et on n’y comprend rien de plus – et on n’aura rien changé au désarroi roi – mais on se sera débattu avec – avec Milène, en son et lumière – avec de soi, parce qu’on sait ce que c’est, parce qu’on l’a vécu, parce qu’on le revivra – on se sera débattu avec ça, encore une fois, bien que par procuration – parce que cette fois c’est Milène qui est au front – c’est elle qui défend l’équipe, derrière ses images et ses mots mêlés – en bon ordre – qui défend ce peuple dans l’ombre de la bannière, hommes et femmes (et enfants) qu’elle ne connaît peut-être pas mais qui se reconnaissent, eux, dans ce que Milène donne à voir – dans ce que Milène lui donne à lire – dans ce que Milène lui donne à entendre – le courage des larmes, en forme de trémolos – et alors moi/toi, on se défend aussi, on la défend aussi, à l’arrière– on défend son combat, qu’elle mène avec ce qu’elle sait faire de mieux – on veut l’aider parce qu’on aime ce qu’elle fait – comme on peut, avec ce qu’on pense savoir faire de mieux, même si on ne sait pas trop faire, mais on essaie – mais on ne peut pas parce qu’elle m’/t’en protège – parce qu’elle est en première ligne ! – et alors quoi ? – quoi du désarroi ? – rien – rien parce qu’on ne peut rien y faire – rien sauf se débattre avec le corps du désarroi qu’elle me/te donne à voir, lire, entendre – avec ce corps qui se dessine sur le bouclier qu’elle me/te tend – corps vibrant en lien avec le mien/tien – je veux dire, quelque chose comme : ce corps à travers moi/toi en lien avec ceux des autres, qu’on a aimés et qu’on n’a pas pu, pas su, aider – et d’abord il n’y avait rien à y faire – ceux qui ne sont plus là, et qui manquent – et qui sont encore là mais sous une autre forme – celle de l’invisible – celle de l’indicible – celle du désarroi – celle d’il ne reste rien – des corps, des vies pour rien – rien ? – rien – ou presque : c’est le combat – les larmes, les trémolos : c’est déjà ça – et c’est énorme, et c’est trop ! – et dans ce mot, désarroi, quand au fin fond, le radical, le mot nu en quelque sorte, désarroyé, on trouve, même flottants, les sens de ressources, d’aide – quand on l’hallucine, le mot, parce que le premier verbe français, disparu, areer, est une anagramme d’aérer – et que c’est là le combat de Milène : aérer – c’est ça qu’elle me/te donne : de l’air – des larmes peut-être, mais de l’air surtout – de l’air dans le bloc dur du réel quand on s’y cogne – de l’air en grand arroi de rage, de prière, de couloirs de vie, langue de Babel, tours devenues phares, lumière sur nos petits gestes, hommes singes et hommes de peu, et de rien, et du silence assourdissant, et le chien et la porte ouverte, et…

  1. Le texte fait suite à la vidéo de Milène Tournier, Méditation pleurée, au désarroi, vue sur YouTube.
  2. Je pensais l’écrire en quelques minutes, mais il m’a pris presque toute la matinée. J’ai été happé. Tant pis pour le petit programme de travail que je m’étais, il faut croire, faussement promis. – Il est même possible que le travail de Milène, dans le dur, par surprise, ait été le moyen de m’y mettre plus sûrement, au travail, de m’y mettre vraiment. Tant pis pour les notes de lecture.
  3. J’aurais voulu dire que cette façon de pleurer me faisait aussi penser à Deleuze, quand il s’imagine en pleureuse, parce qu’avec l’expression de la douleur, de la plainte, sous l’espèce de l’élégie, commence la poésie.
  4. Je pensais écrire, à la fin : et gare si elle claque ! gare au courant d’air !

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