Œufs brouillés

2 œufs cassés

Que s’est-il passé ? Depuis quelques jours, un oiseau est revenu faire son nid dans volet roulant de la fenêtre de la cuisine (dans le coffre, resté ouvert, derrière le treuil). Et aujourd’hui, j’ai découvert des œufs cassés sur le rebord de la fenêtre.

Je connais mal les oiseaux et leur vie. Je sais, comme tout le monde, que la période de reproduction commence grosso modo avec le printemps et se termine vers la fin de l’été. J’imagine qu’il y a des exceptions – les colombes à collier et les tourterelles tristes se reproduisent apparemment toute l’année. Mais le petit oiseau qui est déjà venu nicher au printemps, qu’on n’a pas revu de l’été, et qui réapparaît au milieu de l’automne – un rougequeue noir, qui semblait rester là à m’observer, sur le rebord de la fenêtre, quand il m’apercevait ? Je dois confondre. C’est un autre oiseau. Et, à l’automne, possible qu’il s’agisse d’une espèce de chardonneret. Mais si tard, mi-novembre ? Faut-il voir là un signe du dérèglement des saisons ?

Les œufs se trouvaient côte à côte, les coquilles brisées, cassées, ouvertes, les jaunes avaient coulé. Et c’est ça qui m’étonne : ces jaunes sur le rebord : bien que brisés, les œufs entiers. On ne les a pas emportés ni mangés sur place. Que s’est-il passé ? Une maladresse de l’oiseau en sortant du nid ? Un autre oiseau venu s’installer, qui aura dégagé ce qui s’y trouvait ? Ou bien, sous l’effet du dérèglement, un meurtre de l’oiseau, qui aura ensuite tenté de se suicider en fonçant sur la baie vitrée côté salon – du bureau où je me trouve en ce moment, j’ai en effet entendu le choc caractéristique, et retrouvé dehors, sur la terrasse, un petit oiseau (un rouge-gorge ?) sur ses pattes qui ne bougeait pas, sinon en vacillant (d’autres y sont restés, les pattes en l’air, toutes tremblantes). Ou alors les petits auront voulu prendre leur envol avant même d’être nés ? Ou il y aura eu une mésentente entre les œufs frères ou/et sœurs ? Comme les Arméniens et les Azerbaïdjanais dans le Haut-Karabagh (ou République d’Artsakh autoproclamée, où vivent en majorité des Arméniens d’origine, enclavée dans l’Azerbaïdjan, dans un relief montagneux et de vallées encaissées), ils se seront brouillés et battus pour prendre la place de l’autre, au mépris du danger – le vide ?

  1. L’application photo du téléphone – je dis téléphone bien que le mot renvoie à un autre appareil qui avait pour seule fonction d’entrer en communication par la voix, comme quand j’étais petit pour appeler mamie Lulu ; aujourd’hui, avec le nouveau téléphone qu’on dit smart, je fais surtout des photos et j’envoie des textos ; les appels directs sont devenus rares ; la voix en sourdine – est mauvaise. Elle ne rend pas la lumière du moment ni, comme le disait Van Gogh, « la haute note jaune », orangée même, des petits œufs cassés.
  2. Qu’est-ce qui eest vraiment important : les petits œufs cassés ou le conflit dans le Petit Caucase ? J’aurais pu en prendre un autre (les élections américaines ; l’Ethiopie et le Tigré ; des députés de Hongkong renoyés par Pékin ; Hanane al-Barassi, défenseure libyenne du droit des femmes, abattue en pleine rue, etc.), cela n’aurait rien changé à l’état des œufs tombés du nid.
  3. Pourquoi cette comparaison ? Ne peut-on pas prendre les choses pour elles-mêmes, pour ce qu’elles sont ? Pourquoi une telle distension entre comparant et comparé ? De la géopolitique comme de l’éthologie ? Comme un appel à changer, à renverser les points de vue ?

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