Caméra nue

diapo (0) - Horizon embrasé - copie d'image sur le site Chaturbate

L’autre jour, je me connecte au site hébergeur du carnet web afin de savoir quels sont les sites répertoriés dans la catégorie littérature et poésie. Et je tombe, en première place, sur un blog dont le dernier article met en avant une femme à poil avec de gros nibards, pour un poème des plus classiques et mièvre au possible. Alors c’est ça le travail d’écriture ici, tape à l’œil et inaudible ? Passé cet instant critique, je me dis quand même qu’il n’a pas tort sur le fond, Gérard, qu’il y a moyen de faire quelque chose, en repensant au portrait nu de Michel Tournier – voulant photographier tout simplement une jeune femme qui lui rend visite, celle-ci se met nue devant l’objectif sans qu’il ait précisé quoi que ce soit ; il ne photographie que le visage ; et il écrit :

« Voulez-vous faire le portrait-nu d’une femme, d’un homme, d’un enfant ? Faites déshabiller entièrement votre modèle. Puis prenez vos photos en cadrant le visage et lui seul. J’affirme que sur ces portraits la nudité invisible du modèle se lira comme à livre ouvert. Comment ? Pourquoi ? C’est à coup sûr un mystère.

Il s’agit d’une sorte de rayonnement venu d’en bas, d’une émanation corporelle agissant comme une sorte de filtre, comme si la chair dénudée faisait monter vers le visage une buée de chaleur et de couleur. On songe à ces horizons embrasés par la présence encore invisible du soleil sur le point de se lever. »

Et si on poussait l’expérience plus loin ? Si le portrait-nu on le réalisait aussi sans visage ? Si on ne photographiait que le lieu choisi pour ce portrait ? Qu’est-ce que ça nous dirait de la nudité et ses mystères ? Le charme opérerait-il encore ? Que pourrait bien montrer le miroir de la femme nue, qui vient de se prendre en photo dans sa chambre avec son smartphone et se rhabille maintenant à côté ? Ont-ils vraiment à dire quelque chose ces lieux nus, lorsque s’absentent un instant – poussons l’expérience à fond : si la nudité n’avait pas effleuré l’esprit de Tournier, encore moins la sexualité, renversons la chose : rendons-nous chez ces hommes, des femmes pour la plupart, à travers l’objectif de leur webcam, pour qui le privé semble ne plus avoir lieu d’être – les camgirl ? Devant quels horizons êtes-vous alors placés ?

  1. Le « portrait-nu » de Michel Tournier, dans son livre, images et proses, Des Clefs et des serrures.
  2. Dans ce livre, au sujet de Jean-Loup Sieff, à l’époque où il était un jeune photographe travaillant pour des magazines de mode, Tournier écrit : « Fascinant univers de la mode ! Dialogue muet de la femme, coléoptère exhibé à la pointe d’une épingle – c’est bien cela que veut dire le mot pin-up girl –, et du fétichiste invisible, inventif, impérieux, souvent homosexuel, fermement décidé à mortifier cette chair autant que l’exigera son âpre passion. » N’en va-t-il pas des camgirl d’aujourd’hui comme des pin-up d’antan, mais en insectes volants d’eux-mêmes et se prenant eux-mêmes dans la Toile à la mode ?
  3. Afin que l’expérience prenne sens, il me semble qu’il faut qu’elle se renouvelle, qu’il faut donc beaucoup d’images. Pour les obtenir, je suis resté une bonne heure, sur un site de camgirl, à ouvrir un certain nombre de pages, à les faire défiler, à scruter les vignettes des « filles » et quelques « garçons », distinguer les vides des pleines, copier-coller (épingler) sur un document texte – il aurait mieux valu les enregistrer directement en tant qu’image dans un dossier –, assez rapidement car les pages se réactualisent régulièrement et le vide peut redevenir plein – mais si, au fond, on sait que c’est lui qui prend toute la place.
  4. L’ordre des images repose sur le hasard, du moins pour les 111 vides.
  5. Sans oublier que : « Toutes les photographies n’ont pas de vocations à être individuellement représentative d’une pensée, mais leur multiplicité le long de certains axes donne définitivement une thématique, un chemin de pensée pour mieux observer le monde qui s’écroule. Il n’est pas toujours possible d’appréhender et de comprendre à la première lecture, au premier regard, au premier pas. » (Karl, son texte « tas de photos » sur son carnet web La Grange.)
  6. Parfois, on ne sait pas très bien ce qu’on copie-colle, et on est tout surpris de voir que ce qu’on prenait pour un lieu vide était en fait, en gros plan, un derrière insoupçonné…
  • Non, la vidéo ne dure pas 3 h 20 min, mais (3 h 19 min 39 s – 3 h 21 min 03 s =) 1 min 24 s.

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