Métier 6

BANNER Fiona - No image available, 2019Momo… c’est bien un surnom ? – Un surnom de l’espèce formateur, précisément, comme il y a des ours paresseux, des abeilles coucou et des chouettes à lignes noires. Mais une part de moi relève aussi de la famille des diminutifs. – D’un autre prénom donc ? – Pas exactement. C’en est un depuis la nuit des temps, bien sûr, et il sert aujourd’hui encore à baptiser chaque jour des milliers d’enfants du soleil, en comptant ses variantes évidemment. Mais, l’histoire l’a transformé en une sorte d’icône, en nom propre à part entière, qui n’a besoin d’aucun autre nom pour exister, comme pour les noms de pays. Et qui renvoie à une histoire précise. – Celle qui raconte, j’imagine, sa métamorphose ? – Voilà. Et aussi comment elle se perpétue avec le temps, si on lit bien entre les lignes. – Qu’est-ce que vous voulez dire ? – Eh bien, sans cette métamorphose, sans cette tension iconique, pas de Momo ! Ce n’est pas que je n’existerais pas en tant que surnom, mais je ferais partie de l’espèce plus répandue des surnoms communs, pas des formateurs qui se différencient par leur propriété de représentation. – Mais tous les noms, quelle que soit la famille, ont une part de représentation, même restreinte. Si je dis Will, je sais tout de suite de quoi il s’agit parce que ça me concerne, mais pas vous. – Ah si, je connais. Et même très bien, c’est mon vieux collègue ! Vous n’avez pas de chance. Mais je vois de quoi vous voulez parler. Ça marche très souvent. Si je dis papi, vous avez une image en tête, moi aussi, mais sûrement pas la même. Si j’ajoute Omer, je conserve mon image, mais pas vous, vous pensez à tout autre chose, et peut-être avec une autre orthographe. Bref ! on se comprend. Seulement, moi, j’ai une fonction, disons… plus idéale… – Ah justement, je voulais en venir à ça : la fonction, idéale ou pas. – Disons double. Parce qu’au sein de la structure où nous sommes, vous vous en doutez, je gère la formation bureautique, tout ce qui relève essentiellement du traitement de texte et de la navigation en ligne. – Oui, et aussi les bases de données relationnelles, les tableurs, les présentations, la publication assistée, le courrier, la prise de note… j’ai lu tout ça sur la plaquette de la structure. – C’est ça, mais à plus petites doses. Surtout la prise de notes qui me prend la tête. En tous cas, ma fonction de base, c’est de représenter tout ce qui a trait aux Suites bureautiques. Mais j’ai aussi une fonction, disons… de bégaiement, sans quoi je n’appartiendrais pas à l’espèce formateur. – C’est-à-dire… ? – Eh bien, ça va parler de soi-même… Momo… Momo… Momo… – temps mort – Qu’est-ce que vous entendez… ? Momo… – temps mort – Deux syllabes ? – Presque ! Deux mots en fait. Vous devinez ? – temps mort – Mot ? – Oui ! le mot motmot à deux coups… Et c’est là la petite particularité, un peu facile, voire idiote avouons-le. C’est en ça que la petite métamorphose, la tension vers l’icône, se reproduit. – Hmm… Vraiment, je n’y étais pas. – Je me doute. Personne n’y est jamais. – Donc, si je vous suis, vous possédez un caractère relativement symbolique, littéraire à la limite… – Comme vous y allez ! – … mais replié sur de la matière littérale, une forme de réel du langage. – Là, moi, je ne suis plus… Le réel… franchement… c’est comme dans La Création d’Adam, il n’est pas né celui qui le touchera du doigt ! Vous voulez plutôt parler de l’imaginaire, ou d’un ersatz, non… ? – temps mort – Si… un peu comme le prénom d’où je viens : au plus haut de ce qu’il représente, on trouve également ce qu’il signifie en lui-même, on entend comme par écho le bloc de sens, la petite phrase en somme, sur la base de quoi il est fondé ? – Et quelle est cette petite phrase ? – « Celui qui est digne d’éloges. » – Rien que ça ! Et alors vous aussi… – Eh bien… oui… mais dans le cadre de la famille des diminutifs, et avec un côté détraqué parce que ça bégaie. Dans le genre éloge, je relève moins du panégyrique que du dithyrambe ou de la flagornerie, ou dans un autre style de l’oraison funèbre. – temps mort – Vous savez, les métamorphoses, ça se reproduit dans le temps, mais pas toujours à l’identique… – temps mort – Et… j’imagine que vous n’allez pas pouvoir me répondre, et que vous allez trouver ma question idiote puisque, bien sûr, vous ne vous appelez jamais vous-même, mais… savez-vous, quand les autres vous appellent, ou vous interpellent, s’ils vous articulent à d’autres mots… ? – temps mort – Je veux dire : est-ce qu’ils vous associent à un ensemble de mots qui constituerait un même univers… une espèce de… paradigme ? – Oh là ! vous me parlez chinois ! Je crois que pour ça il faut vous adresser à mon vieux collègue Will. C’est lui qui s’occupe de tout ce qui concerne la Remise à niveau. Mais n’utilisez pas cette expression devant lui, il la déteste et vous dirait qu’il n’y a de mise à niveau que de l’eau, de l’huile ou de l’essence. Utilisez plutôt Montée en compétence. Il trouve l’expression aussi idiote que l’autre, mais elle le fait moins bondir. – Et savez-vous où je peux le trouver ? – Bien sûr, il est là, juste à côté. Mais il est en pleine en formation et il n’aime pas beaucoup être dérangé. Vous allez devoir attendre la fin de la séance. – temps mort – Will… c’est aussi un surnom ? – Pas vraiment non. Ce n’est même pas un nom pour lui. Il vous parlera plutôt de verbe ou d’auxiliaire, de l’espèce modal même. Mais moi je n’y comprends rien, vous verrez avec lui. D’ailleurs, il n’aime pas beaucoup qu’on parle à sa place, faites comme si je n’avais rien dit. – temps mort – C’est comme ça avec lui : tant qu’on parle de ce qu’on fait au sein de la structure, ça va, mais… dès qu’il faut parler de soi… vous parliez d’univers, eh bien c’est ça : dès qu’il faut parler de soi, avec lui, on n’est plus vraiment dans le même univers, on n’est plus sur la même longueur d’onde. – temps mort – En attendant, je peux m’entretenir avec votre collègue secrétaire ? – La petite Naïs ? mais bien sûr, allez-y, elle est toujours prête pour accueillir du monde. Elle n’attend que ça même ! Et vous allez voir, avec son petit bout de prénom tronqué, ce petit a privatif qui n’a jamais si bien porté son nom et qui fait d’elle une belle métisse, entre prénom dérivé et sobriquet affectif : un vrai régal ! Mais je ne vous en dis pas plus, elle vous en parlera mieux que moi. Et attention : elle a la langue bien pendue et pas toujours dans sa poche ! Mais et vous, au fait, c’est quoi votre petit nom ?

  1. Quand on s’est soi-même donné un nom de chat, qui n’aime rien tant que laisser des empreintes (de pattes et de sabots), parler du pourquoi comment de ce nom semble ici une occasion d’autant plus belle qu’on pourrait enfin combler la case bio dans laquelle on n’a jamais su quoi mettre – comme si les nom, prénoms, âge, adresse, mensurations, téléphones (fixe et portable), études, travail, famille, patrie, le monde comme il va, la vie comme on la voudrait belle, etc., comme si ça n’apportait rien. – Et est-ce que ça relève des notes autour du texte, ou du texte même ?
  2. Il me vient à l’idée que chaque personnage devrait se présenter soi-même, un peu comme un tour de table lors d’une réunion exceptionnelle (déformation professionnelle peut-être, et je n’ai pas l’habitude de parler pour les autres – déjà que pour soi…).
  3. Drôle d’heure pour avoir des idées. Même les chouettes (chevêches d’Athéna ou chevêchettes d’Europe), qui se répondent chaque soir durant des heures, seront allées rêver. – Ou chasser.
  4. Est-ce un surnom ? – Ça pourrait, mais il n’y a que ma sœur qui m’appelle comme ça.
  5. Un petit texte, sur une femme (imaginaire) dont on veut écrire depuis longtemps, vue à travers les yeux du grand-père (réel). Le texte s’ouvre et se referme avec le grand-père. De la femme, on en apprend peu. Elle entre dans un square pour la première fois, le grand-père l’observe, la déshabille du regard. C’est pour ça qu’elle remplit l’espace, « son corps, trop gros, le monde trop étroit » ? Oui, pleine du souvenir de la jeunesse du grand-père, de quand il séduisait les femmes, de quand il a rencontré sa femme. – Et alors, on se dit qu’il y a erreur sur la personne. Ce n’est pas sur une femme imaginaire qu’on veut écrire. Ça pourrait être le grand-père, qui prend beaucoup de place. Mais n’est-ce pas plutôt sa femme, au final ? N’est-ce pas la grand-mère, « solaire et rigolote », qui avance sous le masque de la fiction ? Fiction de l’amour, de la mort, que le nom du grand-père fait rayonner (tel le Rêve de Mallarmé, j’aurais conservé la seule occurrence du milieu) ?
  6. Un tour de table où ceux qui se présentent le feraient à travers leur nom ; tout ce qu’ils diraient ferait vibrer, résonner ce nom de tout son espace intérieur ; tout ce qu’on entendrait serait comme la première visite d’un lieu, d’une maison inconnue – même si ce nom est celui qu’on connaît le mieux, ou qu’on croit connaître.
  7. C’est un diminutif ? – Oui, d’une certaine manière. Un diminutif de diminutif. Plus exactement, ce serait le diminutif d’origine, mais circoncis. – Et pourquoi t’as fait ça ? – T’as pas eu mal ? – Non, pas sur un prénom. Mais j’ai ça justement pour qu’il devienne plutôt un nom. – Ah… t’as coupé prénom… ? – Oh… c’est nul ! Laisse-le parler. – Oui, j’ai fait enlever sa petite queue en y parce que, avec, le prénom correspond à un nom, dans une langue étrangère, que je n’aime pas beaucoup à cause des surnoms qu’il m’a valus. Au début ça allait, on lui rajoutait une sorte d’épithète homérique, l’abeille, l’ourson. C’était mignon, naïf. Et puis ça a été le titre d’un film avec une orque en danger, et alors je passais insensiblement pour quelqu’un toujours dans le besoin, en mauvaise posture, trop faible pour s’en sortir seul. De là, et l’âge bête n’aidant pas, ceux qui aiment vous piquer ici et là, et là, ou vous donner un bon vieux coup de patte, et vous coupent sans cesse la parole, ont préféré l’épithète « petite bite » – ce que je détestais, bien sûr, mais n’était pas faux non plus parce que, justement, dans l’autre langue, c’est exactement ce que signifie mon prénom en tant que nom commun. Alors, oui, pour couper la chique aux mauvaises langues passées et à venir (on ne sait jamais), j’ai circoncis le prénom. – Mais… tu n’aurais pas pu le rallonger ?
  8. Se présenter : ça signifie dire je ? ou on peut parler de soi comme si on était réalisateur de documentaire animalier ? – ou mieux : s’entretenir directement avec les noms, prénoms, surnoms, initiales, comme Primo Levi le fait avec des animaux dans Dernier Noël de guerre (dont le vers solitaire) ? – Attention cela dit, Emmanuelle Pireyre nous prévient : « pourquoi t’entêter dans cette carrière de peintre animalière ? »
  9. Jusqu’à présent, rien n’avait voulu se coucher sur le papier. C’est qu’il faut en faire, des nœuds aux boyaux, avant de tout jeter comme une corde dans le vide et de s’évader, et de disparaître la nuit dans le bayou avec Zack et Jack (rapport à Down by law, de Jarmusch).
  10. Tu sais que will, dans la langue de l’autre, c’est un autre nom commun qui peut vouloir dire la volonté, la détermination en général, ou plus spécifiquement les dernières volontés, le testament ? – Je sais. Mais moi, j’entends surtout le verbe. – Le verbe ou l’auxiliaire ?
  11. Voilà. Il aura fallu quelques heures, deux ou trois reprises dans la journée. Laissons reposer avant les dernières touches. Mais il n’y a qu’un seul personnage. Je pourrais parler des personnes qui sont avec moi en formation. J’utiliserais leur prénom. Je les insérerais à la suite du personnage principal, comme s’ils étaient en formation avec lui. Mais avec moi, avec lui, peu importe. Je pourrais faire un peu plus court, comme des entrefilets : « Jacques : en fait, il est entré en formation il y a longtemps maintenant, sous l’ancien marché Savoirs Citoyens, avec le projet de savoir utiliser un ordinateur (bien qu’il n’en possède pas et n’a ni l’envie ni les moyens d’en acquérir) et naviguer sur Internet (principalement pour s’occuper de ses papiers en tous genres) ; son projet n’a pas changé ; à la rentrée il sera enfin en retraite. – Sébastien : entré lui aussi en formation sous l’ancien marché pour améliorer ses connaissances en français et en maths (orthographe et grammaire pour lui, arithmétique élémentaire ; et l’atelier d’écriture ? il connaît pas, ça lui dit rien ; il préférerait de l’anglais), en attendant de trouver du travail ; il revient parce qu’il n’y a rien d’autre à faire. – Claude : tailleur de pierre formé aux Compagnons, déformé par une pierre de taille sur la colonne ; entre en formation sans bien savoir pourquoi, il ne sait pas ce qui l’attend, mais il prendra les choses comme elles viennent ; son objectif est le même que Jacques, parce que tout se fait en ligne, aujourd’hui ; et si on pouvait l’aider à trouver un nouveau logement, pas trop cher et pas trop insalubre. – Hammou : routier depuis près de quarante ans, dont les convois exceptionnels sur la fin, à travers toute l’Europe et le Maghreb, avec des souvenirs plein la tête, et des tonnes de photos, on ne l’arrête plus et il faut savoir saisir l’occasion de la moindre pause silencieuse pour l’atteler à la tâche principale de sa présence : améliorer sa maîtrise de la langue, et le traitement de texte (mise en page et insertion d’image) ; une fois lancé, on ne l’arrête plus. – Sylvette : ne fait rien ; a une réputation de personne qui « prend de la place » du fait de troubles psy (schizo) ; veut apprendre plein de choses ; veut savoir ce que devient sa fille ; attendait la formation avec tant d’impatience qu’elle s’est endormie très tard : “J’voulais tuer la nuit”. » – Ce n’est pas ça, copié-collé des notes prises au travail, qui serait dans le texte, mais c’est à partir de ça, sur le même rythme.
  12. En relisant, on s’aperçoit que les épithètes désignant les espèces d’ours paresseux et d’abeilles coucou correspondent aussi à des animaux. Un pur hasard. Mais pas à chouettes à lignes noires. Dommage. À moins de forcer le trait et d’y voir quand même quelque chose d’animal.
  13. Il y en a beaucoup d’autres au travail dont on pourrait parler, après toutes ces années – dont un qu’on peut traiter ici très rapidement (et trop facilement, tant pis) : si je vous dis que l’ancienne directrice on l’appelait JC… Et les autres bien sûr, hors de l’espace du travail, à la maison, ME, les petits Loulou et Boubou, et les mamies Lulu et Dada, tonton Nanard, etc. Et qu’est-ce que ça bégaie ! Et mon premier sobriquet, tiens, lui aussi déjà : Painpain, c’est comme ça qu’il m’appelait mon vieux papi Omer.
  • Il s’agissait de s’interroger sur les noms et prénoms des personnages : « qu’est-ce qu’un prénom et un nom arbitrairement choisis emportent qui les dépassent, que disent-ils d’un contexte, d’une énigme, qu’induisent-ils pour qui les lit ? toponymes utilisés pour patronymes, noms inusuels ou parfaitement usuels, absence de toute référence à un nom propre, qu’est-ce que ça change à la manière de tenir récit ? »
  • J’ai pris le surnom de mon collègue, qui n’est pas un nom ni un prénom, et trop beau pour être vrai parce qu’il renvoie assez facilement au langage, par une de ses facettes. J’ai donc pensé à une œuvre qui mettent en scène les mots.
  • C’est peut-être le premier texte où s’établit un jeu entre lui et les notes qui suivent. Au nom du collègue se substitue mon propre nom – entendez chaque fois surnom –, dont l’interrogation se déploie dans les notes. Donc, dans l’œuvre que je cherche, il y aura quelque chose de l’ordre d’un double régime, un glissement de l’un à l’autre, ou des cheminements parallèles ? Et quoi alors entre les deux ? quelle limite, quel seuil ?
  • L’ensemble des notes est d’ailleurs plus long que le texte. Et deux fois plus en comptant celles-ci.
  • Je feuillette d’abord L’Art et les mots, de Simon Morley. Me retient seulement une œuvre de Joan Miró, Ceci est la couleur de mes rêves, avec ce titre inscrit en manière de légende d’une image, une tache bleue, et, surtout le mot photo, en haut à gauche en gros, qui semble indiquer que ceci n’est pas de la peinture, ceci n’est pas de l’écriture : c’est une photo – avec quelque chose de l’autoportrait ?
  • L’image d’un photographe dans un miroir, dans un cadre dans le miroir, la collant sur le miroir et se reprenant en photo, plaçant la nouvelle image à côté de l’autre, nouvelle prise, nouvelle image sur le miroir, nouvelle prise, nouvelle image, nouvelle prise, l’image (la cinquième, calée dans le coin gauche du miroir, dernière prise – l’image finale du miroir aux photos de Michaël Snow, que je retrouve dans L’œuvre en souffrance de Bernard Vouilloux (un de mes professeurs d’université). Il n’y a aucun mot, sinon, en note de bas de page, ceux de l’artiste qui commente lui-même son travail et, fort de cette expérience, le détermine ainsi : « La relation discursive entre tous ces éléments constitue, selon moi, le cœur du véritable Art de la Photographie qui se différencie lui-même de tous les autres usages – publicité, journalisme, etc. – de la photographie. »
  • Vient ensuite Fiona Banner – à qui j’avais en fait pensé dès le départ, avec Wp Wp Wp. Elle a beaucoup travaillé avec les mots, avec le code – sur son site, on retrouve un tatouage, au bas des reins, non d’un code à barres mais d’un code chiffré qui l’accompagne au-dessus, précisément un ISBN, International Standard Book Number (quand le code renvoie au livre comme au corps, au livre fait corps : corpus). Avec le code déjoué : Nude standing, une sorte de grand miroir, identifiable au cadre et au format, à l’intérieur duquel on aperçoit aucun reflet, sinon des lignes et des lignes manuscrites noircissant une page blanche : où commence l’image ? où commence le texte ?
  • Et pourquoi un Blah Blah Blah de Mel Bochner pendant qu’on y est ?

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