Métier 10

21 L'homme à la pellicule - photo perso - 2020

Quand il intégra l’équipe de formation des employés modèles, pour les questions d’hygiène et sécurité, il s’est demandé : « Mais… c’est pas du ressort des pompiers ça ?! » Il a surtout pensé à un dispositif oscillant battant entre les règles à respecter, telles qu’on peut les trouver assez facilement (de la tenue correcte exigée à la position latérale de sécurité, et les risques psychosociaux dont on ne parle jamais), et ce qu’on en fait, ce qu’on en dit, chez les écrivains et les artistes, des peintres, des photographes. Et d’abord au cinéma. Pour lui, l’hygiène et la sécurité relèvent des conditions de travail. Une petite partie, non négligeable, mais moins importante qu’elle ne devrait : il trouve qu’elle masque les autres questions liées au travail. Avant de l’aborder, il voulut l’introduire en traitant le travail de façon plus générale, les conditions de travail, si possible celles du travail, mais en imaginant soulever le questionnement au niveau de l’expérience de chacun. D’où l’intitulé de son action : Comment ça va avec le travail ? Mais il ne voulait pas que chacun puisse répondre librement. Du moins, il voulait que cette liberté se réalise à travers des filtres, afin d’éviter la cacophonie, les faux dialogues où l’on s’écoute parler, où chacun reste campé sur ses positions. Le cinéma fut le premier filtre évident, Les Temps modernes de Chaplin le premier film obligatoire, le début du film dans l’usine l’extrait idéal. Il a un instant hésité avec les Sorties d’usine des frères Lumière. Mais non : il fallait commencer avec quelque chose de simple, de connu, car tout le monde connaît Chaplin, ou Charlot, et souvent on a vu un extrait de ses films, mais lequel déjà ? c’était quel film déjà ? La Dictature, je crois, ça vous parle ? – Moi j’aime le combat de boxe avec l’arbitre qui s’en prend plein la tête ! – Ah oui, je l’ai vu mais il y a longtemps au collège. C’était génial. On avait vu deux ou trois films avec le prof d’histoire-géo. Celui avec le petit garçon qui casse les vitres pour que son père les répare. – Non, c’est pas son père ? – Ah bon, c’est pas son père ? – Moi je me souviens que des Charlots dans l’émission de films en noir et blanc, avec son célèbre générique. C’était le dimanche. Il y avait aussi des Laurel et Hardy ? – Et là on va voir quoi ? – C’est celui où il passe dans les engrenages, je parie, en avant et en arrière ? – Et après le film on va faire quoi ? parce que j’imagine que c’est pas juste pour le plaisir des yeux tout ça ? – C’était {Histoires sans paroles} l’émission, ça vous parle ?

Et… ça marche encore pas… c’est quoi le problème ? – Faut doubler l’écran. – Je sais bien ! mais l’autre jour ça l’a fait tout seul. – Faut aller chercher la fonction. – Ah oui… j’ai déjà vu faire ça… – Et… comment on fait ça ? – Oh ça… je sais pas, j’ai juste regardé… – C’est sûrement un bouton. – Sûrement ! mais lequel ? – Faut pas taper sur f12 ? – Non mais sinon on peut regarder sur l’écran. – Ah non ! il est tout petit son écran… moi j’y verrais rien et on est trop nombreux. – Je croyais que tu t’en fichais du film… – Bon recommençons : je débranche et on redémarre… – Et on attend… – C’est long… – C’est que la machine c’est pas dernier cri… t’as vu l’épaisseur ! – Eh… c’est pas une tablette à ce niveau-là… c’est de la briquette… – Ah ! ça y est… je rebranche. – Rien ! – Eh… allait peut-être vérifier avant qu’on arrive quand même… – Mais ça marchait très bien hier ! – Ah… hier c’était hier… – Mais vas-y toi, essaie ! – Oh… j’ai pas dit que je savais faire… moi, les machines… – C’est pas par-là, le petit carré en bas à droite… ? – Là ? – Oui, clique dessus, y a pas mal d’options. Et… là : connecter. – Oui ! il est là le projecteur ! et il est même couplé… – Ah… ça vient peut-être pas de la machine… – Et de quoi ? – Oh… ce que j’en dis… – Si, si, il a raison, ça vient peut-être du projecteur ? – Mais il serait pas couplé ! que le problème vienne d’un côté ou de l’autre, on aurait toujours un message d’alerte. – Ah oui… je sais que ça pose une question, ça demande où se trouve l’appareil, enfin je crois… – Enfin là… on s’en fiche puisqu’il est bien là le projecteur, et la machine marche puisqu’on a le film sur l’écran. – C’est peut-être le câble ? – Et sur le projecteur, y a pas une option ? – Non, j’ai rien touché depuis hier. – Alors c’est un pur problème de projection, la lampe est peut-être grillée ? – Ah… et ça c’est en option peut-être… ? – C’est quoi… ? je vois pas. – Le cache…

La première sortie au cinéma, c’est Maya, la Croate, qui a réservé pour le groupe. La séance a eu lieu un jeudi après-midi. Un documentaire proposé par l’équipe des Bonimenteurs, sur le Transsibérien, dans le cadre de Connaissance du Monde où le cinéaste intervient non seulement pour parler de son film, mais aussi pour le lire : les commentaires dans le film, la voix off, s’effectuent en direct : à l’écart du grand écran, sur la droite, une ombre dans la lumière que renvoie le film, une table, un ordinateur : sur l’écran défilent les pages, les phrases, calées sur le rythme des images ; ou peut-être le film sur l’écran et le texte devant la machine, des feuilles pleines d’annotations, de signes. Le film, Transsibérien 2, raconte le second voyage d’un cinéaste et de son fils de Moscou à Pékin, en traversant une partie de la Mongolie. On oscille entre des parties documentaires riches en histoire et en sociologie, et des passages intimes – le père filmant son fils le jour des retrouvailles avec une shaman, après l’avoir filmé durant une séance shamanique au cours du premier voyage, quelques années auparavant – scène sur laquelle s’ouvre d’ailleurs le film, pour signifier qu’on poursuit en fait toujours le même voyage ? et pas par là où on en était resté, mais par le milieu ? par le seuil, puisque c’est là que nous mène le shaman, entre deux mondes ? du rêve et de la réalité ? des vivants et des morts ?

Dans le cahier des charges, les manifestations relevant du dispositif Action culturelle et langue française doivent s’assortir d’une dizaine de séances de travail. Après le film, Frédérique écrira : « Grand reporter d’images à la télévision, Christian Durand rencontre sa future épouse à Moscou, il décide de faire découvrir à leur fils de 12 ans le pays de sa mère, à travers un voyage à bord du transsibérien. » – Stéphane (ou Hervé) retiendra seulement : « La vie du train avec les provodnitsas (les responsables de wagon), la traversée de la Volga et de l’Oural, à Ekaterinbourg : la procession commémorant la fin tragique de la famille impériale en 1918. » – Mélanie racontera : « Sa construction en 1891, elle fut complétée par les Soviétiques de 1949 à 1961 par le Transmongolien une voie ferrée qui relie Oulan-Oude (en Russie proche du lac Baïkal) à Pékin en traversant la Mongolie et sa capitale Oulan-Batan, 9 298 kilomètres de voie à travers la Russie, sept fuseaux horaires de Moscou à Kladivostok, le transsibérien est plus qu’une simple ligne de chemin de fer, à bord du train, au fil des kilomètres et des rencontres sur fond de paysage : la Taïga, la Steppe, du lac Baïkal, une aventure sur les traces de Michel Strogoff dans les voitures du Samovar. » – Ruppert décrira : « With a rail gauge change on route, where the wheel bogies were replaced after seperating and jacking up each coach while the passengers where still inside ! » – Tatiana classera : « Le pays de sa maman russe et l’Eurasie (la place Rouge, le Kremlin, le Goum, le métro la place des trois gares), l’Anneau d’or (Vladimir, Souzdal, Sergueï Posad, Nijini Novgorad), la traversée de la Volga puis de l’Oural, la vie des villages (avec leurs datchas), Ekaterinbourg (et la fin tragique de Nicolas II), Saint-Pétersbourg (les funérailles impériales), puis c’est la traversée de la Sibérie, du lac Baïkal et enfin en Extrême-Orient sur les côtes de la mer du japon (Vladivostok). » – Maya aurait pu écrire : « La deuxième étape pour le garçon et son père était la Mongolie, où ils ont rencontré leurs anciens amis. Ce dernier leur a déjà offert l’exorcisme. La sorcière ne les avait plus vus depuis de nombreuses années.  Son père, elle leur a donné une thérapie d’exorcisme pour protéger leur santé. » – Et Ming Ming : 北京胡同,“胡同”是街道的意思,在蒙语中是“水井”的意思。– Beijing Hutong, “hutong” est le sens de la rue, ce qui signifie “puits d’eau” en mongol.

Écrire non… pas beaucoup… ce qu’il aime lui c’est la pêche. Mais si on est à côté… ? oui… il peut essayer. Avec une photo… ? pourquoi pas. Il faut juste dire ce qu’on voit c’est ça ? alors… il y a du monde. Qu’est-ce qu’il se passe ? ils regardent quelque chose. Qu’est-ce qu’on voit d’autre ? un vieux monsieur appuyé sur une barrière… il tient une tasse en fer dans ses mains. Qu’est-ce qu’on voit d’autre ? tout le monde porte un chapeau… le vieux monsieur est tout seul… on le voit de face et les autres de dos… la barrière est blanche aussi… on voit pas bien son visage… pas bien ses yeux. Qu’est-ce qu’on voit d’autre ? ah… rien… c’est une vieille photo. Pourquoi ? parce qu’elle est en noir et blanc. Qu’est-ce que la foule regarde… ? ah… quelqu’un… quelqu’un qui parle ? Où est-ce qu’il se trouve ? euh… sur une estrade ou une scène. Et qu’est-ce qu’il dit ? oh là… ! non ça vient pas… À quoi pense le vieil homme ? oh… à rien, il regarde devant. Qu’est-ce qu’il voit ? un cheval… un beau cheval blanc. Qu’est-ce qu’il fait ? il court. Où ça ? dans le vent… il y a beaucoup de vent. Et pourquoi les chapeaux ne s’envolent pas ? ah ça… ! c’est parce qu’ils sont bien fixés sur la tête ! À quoi peut faire penser le vieil homme ? Oh là… ! à quelqu’un qui fait la manche… ? ou quelqu’un qui prie ? À quoi il pense quand il prie ? à rien il regarde juste… ou au cheval blanc pour qu’il gagne sa course. Combien il y a d’autres chevaux qui font la course ? quatre ou cinq… Si c’est tout ? allez neuf… comme ça ils sont dix. De quoi parle l’homme sur l’estrade ? Euh… de la course qu’il voit lui… ? de la jument blanche qui va gagner… parce que c’est une jument. Qu’est-ce qu’il y a dans le gobelet du vieil homme ? Euh… du café, un café noir. Quoi d’autre ? de la soupe. Si c’est n’importe quoi d’autre qui se trouve dedans ? oh… une boussole… ? Et si c’est la scène d’un film imaginaire quel titre je donne au film ? Oh là là… ! Le Vieil homme et la course ?

Sur écran d’ordinateur, ou avec projecteur, donner à voir les trois premières minutes et trente-six secondes du film Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio (jusqu’au premier flash) ; ne répondre à aucune question ni sur ce qu’on voit – le titre en rouge, qui apparaît doucement comme le soleil sur la ligne d’horizon ; un lent zoom arrière sur des peintures rupestres (six silhouettes humaines noires de différentes tailles ; une plus grande, avec pleins et déliés, à tête de mort) ; plan fixe, en gros plan, à cheval sur la partie d’une fusée située juste au-dessus d’une tuyère et un bras de la structure qui maintient l’engin, au moment de la mise à feu, du décollage où de nombreux éléments volent en éclats (au ralenti) –, ni sur ce qu’on entend – les grandes orgues de Philip Glass ; la voix de basse profonde qui ne cesse de répéter, psalmodier, koyaanisqatsi (« vie folle » dans la langue Hopi) – ; à la fin, demander à tout le monde : « Qu’est-ce que vous avez vu ? Qu’est-ce que vous avez entendu ? » ; laisser la discussion s’installer ; demander d’écrire les réponses sous forme de notes brèves, des mots ou des expressions ; autoriser à revoir l’extrait une fois les premières notes à chaud épuisées ; ajouter de nouveaux mots ou expressions ; préciser qu’il n’est pas nécessaire de suivre l’ordre chronologique ; demander alors d’associer les mots et les expressions par séries trois ou quatre ; imposer cinq séries ; par groupe de deux, écrire des phrases sur le mode affirmatif pour l’un, pour l’autre sur le mode interrogatif ; interdire la concertation ; pour finir, mettre en dialogue, à voix haute, le texte.

Je vais peu au cinéma. Le Club, cinéma de Barbezieux, je n’y suis allé que deux fois en dehors du travail. J’y ai vu Le Havre de Kaurismäki, et Blade Runner 2049 de Villeneuve. C’est là que j’ai découvert qu’il n’y avait pas de projectionniste : peu avant la fin du film, l’écran est devenu noir ; on entendait la musique et les dialogues, mais pas d’image ; et personne pour régler le problème. Après quelques minutes, on est allé chercher la caissière. Elle a recalé le film rapidement. J’y ai peut-être aussi vu un Star Wars avec Loulou. – Les sièges, les murs, tout est rouge, même le sol gris foncé moucheté de petits traits rouges – et même le son… Le couloir pour accéder aux salles est blanc, la moquette est celle des salles, deux ou trois grandes affiches des prochaines sorties le long du mur. Au bout, l’espace détente – deux tables et des chaises métalliques chromées, deux fauteuils (genre salon de jardin, résine d’aspect rotin, coussin), une table basse (même aspect, plaque de verre trempé, tablette intérieure, prospectus et dépliants), de grandes affiches, et dans le coin sur fond de tableaux abstraits, ce qui a l’air d’être un ancien projecteur – et le comptoir en face (un vrai bar, avec un grand miroir). On voit les gens qui passent dans la rue. Un petit groupe entre, s’avance. Certains restent à l’écart, dans le recoin près de la porte, avec la grande plante verte. Quand je suis venu avec Ruppert, Frédérique et Mélanie, c’est là qu’on s’est placés en attendant Tatiana, Maya et Ming Ming qui préféraient venir en voiture (on attendait Jacques aussi, qui était en fait installé de l’autre côté, dans un fauteuil). En ce moment, on repasse Gladiator. – Peut-être que le métier de projectionniste n’existe plus vraiment depuis longtemps. Avec les nouvelles technologies, rien d’étonnant. Mais pourquoi, moi qui essaie de rester un peu à la page en la matière, je m’imaginais encore que quelqu’un se trouvait dans la cabine de projection, qui d’ailleurs n’est peut-être plus aujourd’hui qu’une espèce de boîte noire ? Cinema Paradiso ne m’avait-il pas déjà averti de ce qui arrive : quand l’enfant amoureux du cinéma quitte son pays et revient après de longues années, devenu réalisateur, le cinéma n’existe plus ?

L’ancien projecteur : un gros caisson sur pied avec une bobine qui fait penser à la barre d’un navire ; dessus le dispositif de projection, la motorisation, la ventilation, deux objectifs décalés, un rouge, un orange (pour un moteur façon Léger) ; en retrait sur la gauche, surplombant le vide, un petit caisson d’où sort le double objectif, qui doit être la boîte noire d’où vient la lumière, où va le film ; des boutons de différentes couleurs juste en dessous ; au-dessus, un gros bras sur lequel se trouve fixée une autre bobine, elle évoque une tête ; ici et là, des tiges dépassent, avec des espèces roulettes par où le film doit passer, comme une chenille dans un grand huit. L’ensemble, sur fond de reproductions de tableaux abstraits (quelque chose de Klee, des géométries ou des signalétiques étranges, au bord de l’écriture ?), c’est comme une espèce de robot antique, un personnage sorti d’on ne sait quel film de science et de fiction.

  1. « On est dans une suspension, dans une attente, dans un dépli préalable, sans amont ni aval, du roman virtuel, le roman à venir. » Pourvu que ça dure, parce que moi, les histoires…
  2. Du cinéma, au travail… deux occasions peut-être (une sûre). – La première, il y a longtemps, lors d’une formation spécifique où l’on m’avait confié la tâche de parler du monde du travail. L’objectif, c’était de rappeler les règles à respecter pour devenir, disons, l’employé du mois. Mon objectif, à l’appui de quelques références en littérature, photo, art, et pour commencer le cinéma (des extraits des inénarrables Temps modernes de Chaplin à Working man’s death de Michael Glawogger, sidérant), était un peu différent. Problème : je risque de me retrouver « du point de vue du film et son écriture, non du point de vue du lieu et des dispositifs » ; à moins de considérer le format extrait. – La seconde occasion, grâce à une nouvelle fonction d’animateur culturel, c’est une sortie au cinéma. Le film, documentaire, n’avait rien d’exceptionnel (on a entendu petit ronflement). Mais le lieu et les dispositifs sont là. D’autant mieux que la séance a été le prétexte à quelques écrits de la part des stagiaires (en français et dans leur langue maternelle pour Ming Ming, Ruppert, Tatiana et Maya). – Et d’autres occasions, ponctuelles : d’autres prétextes à l’écriture.
  3. Dans ma bibliothèque se trouve un livre intitulé Cinéphilo, quand la philo s’invite au ciné (l’air de rien). Moi, ça pourrait être Cinéboulot, quand le cinéma s’invite, ou invite, au travail.
  4. Éva écrit : « je me sens légitime à traiter avec légèreté (en ce sens que je n’y mets pas d’enjeu) les propositions », « à “produire” de la matière textuelle sans trop de filtres et/ou précautions ». J’aimerais pouvoir en dire autant, mais il me semble qu’il y a toujours un moment où la forme me rattrape et demande quelques réajustements (bons ou pas, c’est une autre affaire). Et je me demande s’il est vraiment possible d’écrire sans filtres ni précautions – n’est-ce pas déjà un choix formel ? Éva aussi d’ailleurs, sinon elle n’aurait pas pris le soin de nuancer son propos (l’adverbe trop).
  5. N’empêche, ça pourrait être le moment de lui emboîter son « pas de charge ».
  6. Triste : pour une fois que je me connectais au groupe Facebook, pour savoir un peu qui ne sait pas vraiment ce qu’il fait, ni quoi comment (mais je parle surtout pour moi, non ?), j’apprends que l’une abandonne, et puis que l’autre aussi plus bas, avant, et un autre ne sait pas s’il tiendra le cap… tout ça parce que la vie…
  7. Je ne suis pas persuadé de l’intérêt des phrases des stagiaires. – Pourquoi ? Parce que ce sont les mots des autres ? Par souci de confidentialité ? La crainte du manque d’imagination ? Parce que ce n’est pas bien écrit ? La crainte de voler leurs mots ? Il faudrait leurs consentements ? Parce qu’il a fallu choisir un extrait ? Une phrase c’est trop court ? Elle mal choisie ? C’est sans véritable rapport avec le cinéma ? Est-ce que ça relève bien d’un dispositif ? Celui de l’écriture alors ? Parce que tu as quelque peu retouché les phrases ? Donc parce que c’est déformé ? Parce que c’est aussi écrit en langue étrangère ? La crainte qu’on ne comprenne pas ? Pourquoi la langue étrangère d’abord ? Ou parce que les fragments reconstituent une histoire ? Mais ce n’est pas vraiment une histoire ? Plusieurs facettes qui ne se recoupent pas ? Elle est incohérente ? Il manque les extraits d’autres stagiaires ? Et puis c’est venu de façon impulsive ? Et pourquoi une seule phrase ? Et si on les lisait de bas en haut ? On gagnerait en cohérence ? Ce serait encore du cinéma ? Ce ne serait plus la même histoire ?
  8. Sans les questions, dans le texte du jeune Paul devant une photo, je me demande si ce ne serait pas mieux. La description serait plus rapide – ça peut se dire ça ? ; pour un récit, oui a priori, mais une description ? –, mais sauterait aussi par endroits.
  9. En fait non : après chaque question, faire sauter la majuscule de façon à n’obtenir que la voix de Paul ; c’est lui qui fait les questions et les réponses ; mais les questions, de type rhétorique, sont un écho de la voix sourde du formateur ; pas besoin de tirets, il appartient à la majuscule de la mettre en scène, du fond du silence de Paul.
  10. Le petit exercice d’écriture, à la fin, sur la base d’un extrait de film relativement expérimental (un enchaînement de plans, peut-être quelques séquences, sans histoire), est tiré du Nouveau magasin d’écriture d’Hubert Haddad. Il s’intitule « Dialogue onirique entre deux interlocuteurs décalés ». Je l’ai retrouvé facilement dans ce gros livre grâce à un marque-page inattendu : une carte électorale (datée du 2 mars 2007 ; l’a-voté pour six scrutins).
  11. En tête du texte, j’avais copié-collé la liste de tous les petits exercices traités depuis le début : « On a travaillé sur perception omnisciente, sur situation de tension laissant le narrateur à l’extérieur, sur l’opposition narration ample et narration brève, sur l’opposition phrase soft et phrase hard, puis sur l’importance du présent dans l’idée de caméra temporelle mobile, puis sur l’inscription visuelle, dans une narration, des scénographies d’intérieurs ou d’extérieurs, enfin sur différentes énonciations, par des narrateurs différents, d’un même lieu… » Chaque exercice était mis en valeur à l’aide d’une couleur (des bleu clair et foncé, idem pour les verts, un rouge, un orange et un gris). Je comptais revenir jeter un œil sur la liste afin de savoir si je ne pouvais aborder tel fragment sous cet angle-là ou sous un autre. Et puis ça ne s’est pas fait. Le petit arc-en-ciel de mots ne servait plus qu’à bien distinguer les notes, initialement placées en tête, du texte.
  12. Je relis, et je crois que le tout premier verbe est le seul au passé simple. – Non, il y a être aussi, dans le premier fragment.
  13. Les fragments se sont déployés tels qu’on les lit. Je pensais en changer l’ordre, et même glisser deux ou trois paragraphes ailleurs, histoire de casser les semblants d’histoire. Mais pourquoi, finalement ? Deux paragraphes, c’est déjà une fracture. Il suffit, paradoxalement, de les assembler en un seul bloc pour l’accentuer : quelque chose ne collera plus dans la lecture, qui restait linéaire avec les paragraphes, ne l’est plus vraiment sous l’espèce du bloc… – Si j’avais permuté les fragments, c’est en lisant la dernière phrase et la première de chacun, pour savoir quelle fin s’accorde le mieux avec quel début.
  14. Finalement, après rectification (pour relever le sens du verbe), on trouvera aussi au passé simple vouloir.
  15. Oscillant battant. Les deux mots sont liés à dispositif. En utilisant seulement le premier, on utilise un participe présent dans un sens courant, bien qu’abstrait. En utilisant le second, on utilise également un participe présent dans un sens plus figuré dans le contexte : qu’est-ce qu’un dispositif battant entre les Dix Commandements et ce qu’ils deviennent quand on s’assoit dessus ? – En utilisant les deux participes, on sent poindre un mot complexe, une forme d’adjectif à valeur d’épithète, même si la suite fait resurgir la force verbale. Une dérivation due à l’expression désignant un système d’ouverture spécifique : la fenêtre oscillobattante, par opposition à la fenêtre à guillotine, la fenêtre à la française, la fenêtre à l’anglaise, la fenêtre à la canadienne, la fenêtre à l’italienne, la fenêtre basculante, la fenêtre coulissante ou la fenêtre pivotante. Évidemment, hors du cadre technique, l’usage tend vers la métaphore. – Qu’est-ce qu’une fenêtre oscillobattante ? Selon Futura Sciences : « Composée souvent d’un seul battant de petite taille, la fenêtre oscillobattante peut être actionnée de deux manières : par un système traditionnel, semblable aux fenêtres à la française ; par des charnières verticales, le battant s’ouvre vers l’intérieur, permettant un renouvellement de l’air rapide, mais laissant pénétrer tout élément extérieur. Le système oscillant permet d’ouvrir la fenêtre par basculement du battant vers l’intérieur, dans sa partie haute. Les charnières verticales sont laissées inactives, tandis que le battant est retenu par un bras mécanique sur la partie haute de la fenêtre. Cela empêche toute intrusion de l’extérieur tout en laissant libre le passage de l’air. Ce type de fenêtre est particulièrement répandu au sein des immeubles d’habitations, car le système oscillant évite tout cambriolage tout en garantissant une aération. »

 

21 KLEE Paul - Masque d'acteur - 1924

  • Pour une image à la une, c’est tout trouvé puisqu’elle fait déjà partie du texte d’origine. Je l’ai simplement actualisée en lui donnant un titre, en référence à Dziga Vertov et son Homme à la caméra.
  • J’aurais aussi pu mettre en avant un plan d’une des références cinématographiques et picturales dont je parle. Le Masque d’acteur de Paul Klee, même si je n’y fais pas directement référence ?

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