Auto-da-fé

29 Paul Klee - illustration du chapitre XXX de Candide, ou l'Optimisme de Voltaire - 1920.png

C’est au tour de mon fils Loulou d’étudier le célèbre passage du bel l’auto-da-fé dans Candide, contre le fanatisme. Les questions n’ont pas changé. Montrer que… comment… en quoi… pourquoi… C’est vrai, l’écriture, c’est technique. Mais mon fils ne rit pas alors que l’extrait est drôle. Et il semble moins concentré sur le texte que soucieux de ses phrases, inquiet de leur justesse. Le texte de Voltaire n’est jamais qu’un prétexte pour un autre texte qui s’écrit dans le dialogue, contraint, entre la question et la réponse.

J’aide Loulou comme je peux. Je lui fais remarquer que Candide et Pangloss sont arrêtés et jugés pour de mauvaises raisons, si vagues et presque futiles que cela en devient comique, surtout en regard des circonstances (le dîner, le tremblement de terre : cause sans lien) et des conséquences immédiates (la prison, décrite de façon ironique : « appartements d’une extrême fraîcheur », « jamais incommodé du soleil ») – « on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son disciple Candide, l’un pour avoir parlé, et l’autre pour avoir écouté avec un air d’approbation ». En même temps, si percutant que soit le style de Voltaire avec ses enchaînements sans lien, il me semble qu’il n’a jamais été aussi sérieux et que, là où l’ironie mord le plus, ce n’est jamais qu’un effet inattendu de ce que la réalité, attaquée, dépasse en fait la fiction moqueuse. Voltaire montre ainsi, d’un trait, comme on recueille un fait tout bête, le comment, l’en quoi et le pourquoi on est véritablement arrêté : parler, écouter, approuver.

Mais la belle affaire ! Car si Loulou comprend bien ce que je viens de lui dire, la façon dont l’écriture de Voltaire affronte, décrit et ridiculise le fanatisme, et qu’au fond on rit jaune (surtout en regard du monde comme il va aujourd’hui), cela ne résout pas le combat que lui mène, en s’agitant sur sa chaise, son genou sursautant, et soufflant, râlant, raturant ses phrases, relevant la tête et se tournant vers la baie vitrée, regardant quoi dans le jardin ? le soleil ? les nuages ? le vent qui dévie la chute des dernières feuilles ?

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