Métier 20

31 Matt Siber - untitled 46 - 2009

a. En attendant la dernière, je continue. Sur le site, je viens d’explorer tous les « roman de… » Pas tous entièrement, bien sûr, mais je les ai tous survolés. Et, pour chacun, au flair, j’ai retiré un petit quelque chose. Au début, ça ne provenait que de l’encart biographique. Mais puisqu’il n’existe pas toujours (comme pour moi), il a bien fallu aller chercher ailleurs, dans les textes, dans les titres, dans les notes, et jusque dans les correspondances. Et me voilà ressorti de la Twilight Zone avec 92 notes, et peut-être le double puisque nombreuses sont celles pour lesquelles j’ai retenu plusieurs fragments ou « moments » (de texte, de titre, de note, de correspondance – des kaïros ?). De quoi constituer une sorte de récit, sans quoi elles demeurent illisibles. Et même plusieurs, peut-être de genres différents ? Statistiquement, hors de toute association d’idées donc, s’il y a 92 possibilités d’obtenir tel fragment en premier, puis 91 pour qu’il soit articulé à tel autre, puis 90, 89, 88, etc., alors il existe 92! (ou la factorielle de son double) récits possibles – soit : 12 438 414 054 641 307 255 475 324 325 873 553 077 577 991 715 875 414 356 840 239 582 938 137 710 983 519 518 443 046 123 837 041 347 353 107 486 982 656 753 664 000 000 000 000 000 000 000. Et si je remets à chaque fois en jeu le fragment que je viens de tirer, considérant qu’on puisse l’utiliser plusieurs fois, il faut encore multiplier ce nombre (si c’en est encore un) par 92 (et peut-être le double). Mais littérairement, le nombre réel de récits n’excède certainement pas, comme les vrais amis, le nombre de doigts que j’ai sur une main. On pourrait dire que le récit a sa raison d’être que les raisons de série ne connaissent pas.

b. Ce travail à la chaîne, j’en suis ressorti presque abasourdi. J’avais besoin, sur la fin, d’en sortir. Je me suis laissé guider par certains liens, pour voir. Et j’ai vu. Et j’ai lu. Et j’ai noté, à la place de ce que je pouvais voir, lire, du roman de… J’ai même fini par laisser un commentaire fatigué pour une belle vidéo de LittéraTube, et peut-être en fait pour cette seule phrase : « S’en remettre aux bouffées, à l’irascible devant soi. »

c. Ces 92 notes, c’est comme un générique de fin où l’on apercevrait, disons, comme un portrait vivant de chaque personnage en un fragment de séquence de la série qu’on vient de voir.

d. La factorielle de 184 est égale à 222 838 537 954 982 745 247 605 724 535 360 168 027 834 983 462 910 692 423 250 174 342 678 484 642 385 413 049 022 198 925 438 228 887 221 917 358 693 265 932 135 721 906 864 890 352 653 834 946 279 054 097 997 205 240 028 170 467 609 365 663 179 710 268 540 256 280 194 835 590 525 207 409 333 795 988 386 246 815 815 268 464 000 063 598 852 082 447 047 816 427 717 217 400 374 445 264 076 800 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 222 838 537 954 982 745 247 605 724 535 360 168 027 834 983 462 910 692 423 250 174 342 678 484 642 385 413 049 022 198 925 438 228 887 221 917 358 693 265 932 135 721 906 864 890 352 653 834 946 279 054 097 997 205 240 028 170 467 609 365 663 179 710 268 540 256 280 194 835 590 525 207 409 333 795 988 386 246 815 815 268 464 000 063 598 852 082 447 047 816 427 717 217 400 374 445 264 076 800 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000. Et si je multiplie encore par 184… ça fait un peu plus de cent mille milliards…

e. Pour le dernier texte, normalement, on « passe à table ». La proposition de départ du premier cycle d’écriture estampillé Outils du Roman devient donc la dernière. Avec mes 92 personnages, je devrais me retrouver dans une salle des fêtes pour un repas de mariage, en plein « trou ». Ou quelque part dans une tablée infinie, comme on n’en voit plus, installée au pied des rangs de vigne interminables, qui montaient, montaient dans le coteau, du temps où je passais dessous sans baisser la tête.

f. Eh bien, le voilà le petit récit. Avec 153 fragments de phrases (certaines eux-mêmes brisés, mais qui font bloc), pour 92 voix d’auteurs (dont quelques personnages, à la limite) apparaissant une fois, sans chercher à disséminer les fragments internes – ils détournent le récit de sa course, comme les bumpers pour une boule de flipper. J’ai d’abord fait monter descendre les premières voix (disons, celles qui s’offraient à ma vue sur l’écran), je les ai agencées pour former un semblant de récit (pour moi ; et alors oui : s’en remettre aux bouffées), et j’ai opéré ainsi en déroulant la page-écran (et en la repliant, comme les bandes de papier crépon colorées, avant la fête). Je ne suis allé chercher plus en profondeur que peu de voix, seulement si la rupture du récit devenait trop importante avec les plus proches. Les tirets semi-cadratins sont de mon fait. Ils peuvent avoir trois fonctions : la première, de séparation entre les fragments d’une même voix ; la deuxième, de dialogue intérieur ; la troisième, de changement d’interlocuteur, comme s’il y avait de l’autre dans chaque voix. Mais les limites entre ces dernières fonctions ne semblent pas si évidentes. D’où la difficulté de rétablir, ou non, la majuscule – le mieux serait de l’éviter et de s’en remettre à la réception du lecteur. Les guillemets, ouverts au début de chaque nouvelle ligne, jamais fermés (comme dans les longues citations, en début de paragraphe), je ne sais pas – ouverts parce que les mots ne m’appartiennent pas ; jamais fermés parce que dans l’économie du récit, relative au cut-up, appartiennent-ils encore à leurs auteurs ces mots ? Quant à l’usage de l’italique, en dehors des titres, le texte s’en expliquera lui-même.

g. J’ai parlé d’un livre à réécrire à grands coups de ratures. Ce récit n’en serait-il pas une manifestation, ou une simulation, à partir de plusieurs textes, plusieurs auteurs dont chaque page serait devenue noire, sauf ici, et peut-être là ?

  1. Céline                        « 14. Li, monologue du condamné – Voilà, je suis mort
  2. Huguette                  « originaire des quasi-bords de l’Étang de Thau
  3. Andrée                      « pour ses collègues il était Script
  4. Sébastien                  « dans des genres divers (et parfois oubliables)
  5. Helena                      « la photo et le tennis
  6. Pietra                        « vit dans l’angle d’un carreau de verre soufflé au grand feu mais par qui
  7. Muriel                       « avec la gracieuse participation de la Vérité en personne (s’il vous plaît)
  8. Catherine                 « ce qui palpite, mord, danse et serpente en nous
  9. Romain                     « centres d’actions sociales et autres structures
  10. Gracia                        « site personnel graciabejjani.fr – “Tu écris, te terres… tu n’écris pas, tu quêtes, pierre en main, pour contenir ta peau” – Après un autodafé de tous ses textes de jeunesse
  11. Eva                             « elle gratte de son ongle la croûte qui recouvre les tubes pour lire les noms
  12. Laure                         « beaucoup de mal à identifier d’où sort ce texte… incapable de faire de vrais liens… j’ai évité de penser
  13. Rudy                          « ce n’était pas comme ça la veille
  14. Roselyne                   « ancienne jeune étudiante aixoise émerveillée – On a traduit par écran
  15. Sylvia                         « l’éditeur remercie le traducteur
  16. Béatrice                    « ne sait jamais comment se tirer de cette histoire de bio – 18. Pas d’histoire – J’ai suivi mes parents, c’est tout
  17. Laurie                        « je croise la route d’un architecte et pars construire des ponts en Haïti
  18. Emmanuelle            « joue, écrit, enseigne, met en scène et raconte – Moment préféré des dernières corrections. Petites, majeures. Joueuses aussi
  19. Cécile                         « à mes heures trouvées.
  20. Piero                          « préfère les images (fixes : bien ; animées : très aussi plus) au travail… au SILO/à la maison(s)témoin/au tour virtuel du paysage rêvé/ici même/et ailleurs : l’air nu/ou encore – 15 octobre, 18:04… Merci pour la voie alternative… :°) – “à vos/nos questions nous répondons toujours, nous répondons sûrement”
  21. Annick                      « parcourir les annonces immobilières en vue de mon prochain déménagement
  22. Juliette                     « tout au bout d’un petit chemin dans la montagne en Savoie
  23. Xavier                        « occupant d’autres heures à Paris et là où les trains de banlieue l’envoient pour la marche ou le travail – 18. Un lieu que le monde ignore
  24. Grégoire                   « la petite fenêtre dans la grande. La trajectoire pour provoquer la rencontre – Il est 15 h 54. Mon fils sort à 16 h 30. Je file
  25. Isabelle                     « il a perdu la trace de Sitpan le Tamoul – Sitpan s’assoit un instant sur un parpaing – et la souche sur laquelle Sitpan fume – la place habituelle de Sitpan – Sitpan fixe le néon de la petite gare – Sitpan était silencieux – Sitpan fume sa première cigarette – Sitpan l’a récupérée in extremis – Sitpan choisit de quitter le Sri Lanka – Sitpan s’essuie les mains sur son pantalon – Sitpan n’a pas envie de le quitter – Sitpan s’y perd – Sitpan s’est barré
  26. Dominique               « maintenant ou jamais essaie de mener à bout ses chantiers, plutôt brouillon, part dans tous les sens mais tient un début de quelque chose, peut-être, peut-être pas
  27. Monika                     « elle se rappelle les airs, la musique, même les paroles, c’était autrefois, enfant obéissant – Que de temps perdu, redémarrage difficile, hésitations habituelles… flottement quant au narrateur… découragement devant la diversité et l’originalité des textes
  28. Brigitte                     « blog paumée – 15 octobre, 06:00… Finalement nous sommes tous plus ou moins d’accord
  29. Claudine                   « c’est venu autrement alors j’ai laissé faire
  30. Pierre-Emmanuel   « pour continuer à avoir une activité créative, ne nécessitant au final qu’un papier et un crayon
  31. Ema                           « les mots comme des déclencheurs du mouvement, en lien, en réponse, en écho
  32. Vincent                     « sur le blog www.lie-tes-ratures.com – circulaire du 13 août 1942 : Les réfugiés politiques, soit les étrangers qui s’annoncent comme tels lors de leur premier interrogatoire, et qui peuvent fournir des preuves, ne doivent pas être expulsés. Ceux qui cherchent refuge pour des raisons raciales, comme par exemple les juifs, ne sont pas considérés comme des réfugiés politiques
  33. Aurélia                      « pas sûre d’avoir respecté la consigne (décrire un personnage séparé de son action)
  34. Marie-Caroline        « pas d’une fin ouverte, pas de confort diégétique, labyrinthe, Thésée au fil coupé, Ariane sur liste rouge – et puis le chien, qui aide à dire le départ difficile
  35. Ariane                       « Ariane Gravier est un pseudonyme, du coup, pas de bio – En écrivant, je suis incapable de distinguer nettement les deux
  36. Françoise                  « je ne parviens pas à me motiver pour l’exercice en double
  37. Anne-Sophie            « à défaut d’expérience j’espère vous apporter un peu de fraîcheur – 7 octobre, 19:38… Oh génial le point de vue de la commère
  38. Vanessa                     « alors vous croyiez quoi ?! que ça allait être facile de faire parler les morts ?
  39. Marie                         « ben oui les morts ça parle franc !
  40. Françoise                  « fuit les réunions de plus de deux personnes !
  41. Jennie                       « enseigne la philosophie à Paris – Si les petits cochons ne te mangent pas, on fera de toi quelque chose
  42. Danièle                     « aime accompagner bénévolement les artistes et les scientifiques… pratique le Qi Qong et l’aïkido (3e dan) et l’enseigne aux enfants – 19. Pourquoi tant d’insouciance ?
  43. Anne                          « vit lentement – 12 août, 14:16… Violence des images. Violence des ciseaux qui défont et refont l’histoire
  44. Caroline                    « son blog les heures creuses – d’après une photographie retrouvée miraculeusement
  45. Stewen                      « photographe en pelouse – J’ai écrit ce texte en repensant à la scène du film Solo
  46. Chantal                     « il me semble que je pourrais continuer longtemps et que ce serait de plus en plus dans le grain de la trame du rideau
  47. Amélie                      « la traductrice semble encore plus concise que l’auteur – 30 juin, 12:14… Oui, elle est vraiment bien peuplée cette solitude
  48. Liliane                       « certains jours elle se rappelle qu’elle a un blog : les effilures de lil
  49. Thibaut                     « bio en construction, sur les chantiers ou en images – nous avons mis en italique les notes de la seconde transduction
  50. Geneviève                 « 2001 à Nice, elle fonde une agence de conseil en design… 2010, elle part à Shanghai pour développer ses activités – À dire vrai, je n’aime pas trop la forme romanesque
  51. Nathalie                    « entre aux Beaux-Arts avec un dossier fait la nuit – D’où voir ? D’où sans interférer ? Est-ce la distance physique qui permet l’objectivation ? Rétention de mots. Phrases courtes
  52. Antoine                     « profession : libraire – Mais je repense au chat, aux animaux totem, aux chevaux d’un Philippe dont le rêve transperçait un secret, et je pense à Paul-Loup, à Paul-Loup pour Jean-Loup – Je suis le codicille. Je suis Jean-Loup de l’exercice 6. Je ne t’ai pas fait de mal
  53. Marie-Paule             « comment situer (avant ? après ?) cette description de sensations ? – 10 septembre, 11:03… “Je vais au pain” une évidence qui m’a prise par la main
  54. Annick                      « Bonjour les mains – Matin chagrin. Matin soleil – Une ville, c’est quoi au juste ? – Relectures, suppressions, ajouts 732 mots/64 lignes
  55. Marie                         « c’est au pied de son arbre, un vieux tilleul courbé par l’orage, qu’elle écrit – Je poursuis l’histoire de mon village. Une institutrice à la retraite a organisé de 1942 à 1944 le sauvetage de 14 enfants juifs
  56. Élisabeth                  « influencée peut-être par le film d’animation Vice versa – un arbre pour mettre un peu de distance avec le corps, la maladie, le grand effilochage
  57. Marie                         « corps-dicille : j’ai pensé assez vite au corps dans un lit – 26 août, 21:43… Oh les mains qu’il faut occuper comme des enfants !
  58. Isabelle                     « codicille : je crois que je suis hors sujet… – ce personnage je voudrais le développer. Il est dans une disruption
  59. Claire                         « 14. C’est-à-dire que l’on peut mourir – 1. Hall blanc… entrer dans un hall blanc comme entreprendre un voyage depuis le commencement avec l’idée d’une mort possible
  60. Cm                             « l’envie d’un lieu unique, d’un espace concentré au duquel les époques se superposeraient
  61. Gauthier                   « sous forme de concerts, de performances, d’installations, de systèmes interactifs, de créations radiophoniques, sur disques… présentés en Belgique, en France, en Allemagne, en Espagne, au Maroc, à Taïwan, au Québec… – Et puis merde : tac et puis tac. Coups de cailloux, tête-bêche anarchiste
  62. Laurent                     « je lis, je fais du vélo, je me suis intéressé ces derniers temps aux récits des conteurs de voyages à bicyclette
  63. Philippe                     « un de ses sites : l’inqualifiable » – L’INqualifiable, “le numéro moins que zéro pose des jalons”
  64. Christiane                « fascination confirmée pour l’énergie des eaux vives
  65. Pierre                        « se fondre dans le décor, se faire oublier, tendre l’oreille
  66. Tristan                      « pas d’image, pas de voix revenant, tu es la seule odeur dont je me souviendrai
  67. Déneb                        « écrire sous pseudo comme lire sous les couvertures avec une lampe de poche – 19 août, 17:22… Et merci de me pointer l’homme qui tombe !
  68. Ugo                            « sur le pire des réseaux sociaux, mon avatar est une maîtresse femme
  69. Pomu                        « Pomu est un pseudonyme – j’ai supprimé les r parce que c’est une lettre dure
  70. Éric                            « je cherchais un vrai lieu de brassage social, sans tri à l’entrée
  71. Mireille                     « adepte des formes brèves, envie de paysages au long cours – très, très curieuse de vos retours pour cet exercice
  72. Laurent                     « je passe environ cinq mois sur douze sur les routes de Laponie où j’exerce le métier de guide touristique et le reste du temps, j’essaye d’écrire – 25 octobre, 17:53… Oh ben, c’est pas de tout repos les voyages avec toi…
  73. Françoise                  « un petit bout de journal écrit par “l’enfant en bois d’azobé” dans la langue qu’il est en train d’apprendre
  74. Sylvie                         « s’il était une fois, cette fois-là pourrait être un rêve – Bref, j’écribouille
  75. Nathanaëlle             « j’ivrais doux aux corinthiens, les filles à manches et les Baigneuses – Deux heures et 15 lignes, mission impossible
  76. Sylvie                         « j’ai été empêchée d’écrire par la mort de mon chien – 23 octobre, 19:51… J’aime l’idée du personnage gagnant ses parties “en pauvre”
  77. Michaël                     « le fait que Bella est couchée à côté de moi sur un tapis trop petit, sa tête sur le linoléum, son corps est parcouru de spasmes, preuve qu’elle rêve, courir après quoi
  78. Géraldine                 « 7. Le mot de la fin. – J’y vais mais j’ai peur
  79. Olivia                         « Avec le temps, ils ont perdu leurs noms, ils se sont stratifiés, il n’en reste que des images et des sensations entremêlées, parfois des reflets, des miroitements
  80. Catherine                 « le fait que dans le village, je vis à part… avec la force dont seule la fin de l’enfance est capable… le pays de Jane ne monte ni ne descend… vu du quai, ça n’a presque pas eu lieu… l’appartement de Jane est une île… Jane roucoule, vocalise… Jane veut les oiseaux… Jane ouvre la porte, à un livreur… Ghemma, Nora, Castel, Novare, Gumy, Mason et Bafon… tu vois chérie, j’agis pour la planète… un mort se balade, je me balade… si l’on considère Hassen du point de vue de ses os… un truc dedans quand le corps marche boit se déplace se tourne se lève et se rassoit… le départ, celui qui annonce le voyage… se jeter, traverser le fleuve, plusieurs fois… le temps fou que cela prend puis la pause nécessaire… faim de baiser, de caresse…
  81. Françoise                  « d’autres mains, celles de Lady Macbeth, de Solange dans Les Bonnes, et surtout celles de ma grand-mère sur une photo dans mon bureau
  82. Jérémie                     « convoquant sur scène ceux qui n’ont plus de voix ou qui semblent ne jamais apparaître sur la pellicule de la vie – 13 septembre, 20:00… Vos amis ont un important taux de mortalité
  83. Jacques                     « le fait que ni queue ni tête et réciproquement
  84. Marlen                      « Un blog les ateliers du déluge
  85. Vincent                     « un lien vers un soundcloud reprenant les capsules sonores s’inspirant du concept de “transpoème” – “puis, mon frère me rejoint… puis, j’allume la télé… puis, je ferme les yeux… puis, je dors un peu”
  86. Milène                       « sa chaîne YouTube/Et puis le roulis/Nuits/sur Poèmes d’époque/L’autre jour (à paraître automne 2020)/sa résidence IDF sur remue.net – “je t’aime comme vit l’été sur le parking de supermarché le clochard, sous un gros pin d’ombre”
  87. Martine                     « elle a longtemps travaillé à la RTBF comme réalisatrice de petites formes
  88. Lamya                       « les lettres modernes aux indigènes et le français aux nouveaux venus – 1. Ce fut l’apparition
  89. Anne                          « dans des cahiers de brouillon, dans les marges, sur des papiers volants – 2 août, 18:31… Oh que c’est joli ce flot d’hormones qui dérègle toutes les pensées !
  90. Simone                     « je ne veux pas que ça ressemble à une introspection – sa petite clochette tintinnabule tout le temps dans ma tête
  91. Nathalie                    « grand Bang dans la tôle du toit – le fait qu’ici c’est toujours un ailleurs d’autrefois
  92. Valentina                  « toujours des histoires avec des personnages anonymes, secrets, d’une seule lettre. D’êtres oubliés ou universels ?

 

  • Ce qui me reste surtout de ce texte, c’est cette partie en cut-up. Aussitôt, j’ai pensé que l’équivalent en image consistait dans le collage. Mais avec le texte, qui traite en partie de l’illettrisme (d’où son titre originel, L’Illettriste), j’ai repensé aux images de Matt Siber qui, d’une photo prise dans la rue ou dans un lieu public, en extrait les mots, les ôte de leurs supports et en reconstitue la carte textuelle, d’une certaine manière, sur une page blanche placée à côté de la photo, en vis-à-vis.
  • Les textes-images de Siber, réalisé à l’aide d’un logiciel, ont l’avantage d’extraire les mots en conservant leur agencement dans l’espace. Ils offrent ainsi une vue éclatée de ce qu’on fait, aujourd’hui (et depuis longtemps), au langage dans le monde, au quotidien. Et ils rendent, aussi, au texte, aux mots, qui se trouvent devant nous, évidents, auxquels on n’aurait pourtant pas prêté attention sur place, qu’on n’aurait pas vu de toute façon, cette espèce d’énigme aussi fascinante qu’inquiétante, effroyable même, à laquelle peuvent se confronter les illettrés devant un texte.
  • De toutes les images de Siber, le principe qui m’a permis d’en retenir une, pour illustrer le texte, a consisté à faire vivre celui de la lecture telle qu’on le connaît simplement : utiliser le mot pour sa capacité, via son sens commun, à entrer en correspondance avec son contexte, pour le qualifier, le représenter en totalité ou en partie.
  • Oui mais alors, le paysage éclaté dans lequel il s’inscrit, le mot, ça aussi ça compte dans la correspondance ? Est-ce que ça joue dans la qualification, la représentation ? C’est pour donner une idée, dans une autre dimension, de ce qu’on va lire ? Ou de ce que fut l’écriture en acte ?

 

h. 29 octobre, 20:08… Alors, cette dernière proposition d’écriture !

i. Dans la série des histoires des techniques de la peinture, Lignes, formes, couleurs, on apprend que Giacometti a dit : « Si on dominait un peu le dessin, tout le reste serait possible. » Et en fait c’est ça, l’œuvre de Sini : c’est peut-être moins de la peinture que, d’abord, du dessin.

j. Bien malin qui saura vraiment différencier la peinture du dessin. Ça a l’air simple comme ça. Et pourtant, à relire ces définitions de base :

    • dans le Grand Robert : « Représentation* ou suggestion des objets, du monde visible ou imaginaire, sur une surface, à l’aide de moyens graphiques; par ext., œuvre d’art formée d’un ensemble de signes graphiques organisant une surface » – en forçant un peu le trait, je crois que cela vaut aussi bien pour la peinture que pour la photographie et le cinéma ;
    • pour Littré : « Représentation à l’aide du crayon, de la plume, du pinceau » – la peinture relèverait donc du dessin, comme d’une sous-catégorie.

Ce qu’on peut retenir : Littré définit, au fond, l’art du dessin par la multiplicité de ses instruments (même restreinte) ; c’est ce qui fait défaut avec le Robert, évasif sur la question du support et des outils pour dessiner ; mais, on sent bien que tout se joue là, entre le référent à dessiner (quelle que soit sa nature) et l’effet du dessin (qui n’est pas si simple). Que dit le CNRTL ? « 1.  Art de représenter des objets (ou des idées, des sensations) par des moyens graphiques; p. méton., ensemble des procédés relatifs à cet art. […] 2. Acte de représenter des objets (ou des idées, des sensations) à l’aide de traits exécutés sur un support, au moyen de matières appropriées » – donc, pas mieux. Et le Lexis (Larousse) : « Représentation sur une surface de la forme (et éventuellement des valeurs de lumière et d’ombre) d’un objet ou d’une figure, plutôt que de leur couleur. » Voilà qui semble plus précis. Les lignes pour le dessin, les couleurs pour la peinture. – Ce que confirme, la définition de la peinture du Grand Robert : « Opération qui consiste à couvrir de couleurs une surface » ; comme le coloriage à l’aide de crayons de couleur. Ce que ne confirme pas vraiment le Littré, reprenant sans vergogne Poussin (lettre du 7 mars 1665) : « Imitation faite avec lignes et couleurs, sur une superficie plane, de tout ce qui se voit sous le soleil ; sa fin est la délectation. » Ce que le Lexis ne confirme ni n’infirme, la question de la couleur n’apparaissant même pas : « Produit liquide ou en poudre contenant des pigments, donnant par application sur des subjectiles un feuil doué de qualités protectrices, décoratives » ; feuil… je ne connaissais pas. – Mais encore un linguiste qui a oublié ce qu’est la rêverie. Que s’ils en avaient eu les moyens, nos lointains ancêtres, ce qu’elles auraient enfermé jalousement dans leur nuit sans fins, les grottes qu’ils ont ornées (on les associe plutôt à la peinture, pourquoi pas au dessin ? – même si au fond on s’en fiche, les deux s’inventaient alors ensemble) : chacune un monde d’arcs-en-ciel. Et puis les enfants, allez donc leur dire, aux enfants, qu’un vrai dessin c’est plutôt sans couleurs…

k. Même la définition du mot rêverie, dans le Lexis, elle en manque… « Activité mentale dirigée vers des pensées vagues, sans but précis. » Quoi ?! Mais au contraire, la fonction très précise de la rêverie, c’est de retrouver, créer des images ! Voire une image, faite de l’erratique du monde, là où précisément il est incapable de nous offrir une seule image valable (qui permettrait de résister à la croyance que le monde comme il va, aujourd’hui, ça fait pas rêver !, quand on ne sait plus en fait le regarder), ni aucun mot – et c’est peut-être ça qu’on cherche, un mot : le fin mot, dans cette image incertaine, patchwork fait de mille et un motifs, vagues, imprécis, insaisissables sinon, comme on dit, dans tes rêves !

l. Une fois, deux fois, trois fois j’efface. Je voulais dire quelque chose au sujet de la dernière proposition, qui tarde, du mot de la fin en forme d’ouverture – qui dirait que l’aventure ne fait que commencer –, mais ça ne veut vraiment pas venir. Alors j’efface, une fois, deux, trois.

m. Quel mot de la fin ? Si elle tarde à venir la dernière proposition, c’est parce que pour f aussi ça ne vient pas. Ou ça ne veut pas, il ne s’y résout pas – les textes ne sont plus mis en ligne. Et puis il est souvent ancré dans un autre type de travail, ou sur une autre facette. Et ce qu’il cherche, en même temps que la fin, ici, si c’était l’amorce du début du prochain cycle d’écriture, et qui se trouve peut-être et déjà dans les anciens, comme ce fut le cas ici ? Le mot de la fin n’est jamais qu’un mot reporté. C’est le bâton que l’enfant lance aussi loin que possible, flèche en tête, et qu’il retrouvera un moment après sur le bord du chemin, ou que le chien lui rapportera. Et c’est le lancer même, en fait, la projection. Sans souci du retour. C’est la ligne que ça fait, la courbe, la courbure, d’espace, temps. Mémoire. Et l’énergie que ça représente, et reproduit. Comme l’arc-en-ciel et son trésor à chacun de ses pieds, son pouvoir imaginaire, chargé de la force du dédoublement. Et de la percussion à terre. Gare à celui qui se retrouve dessous !

n. Milène, pour présenter sa dernière vidéo LittéraTube, écrit juste : « Marcher va avec écrire. Écrire, c’est sur le bloc-notes du téléphone. Jouer avec la ville, à regarder. Jouer à l’écrivain. Vivrécrire. S’émerveiller d’abord, ça fera venir les merveilles. » – Vivrécrire… Après le lirêver de Barthes (au sujet de Bachelard, je crois), ça fait un autre beau mot-valise à emporter partout. Si ça se trouve, de l’un à l’autre, ça équilibre le roman du monde. Ça ne remplit certainement pas ses creux, c’est juste qu’ils sont disposés autrement, comme mis à leur juste place. En équilibre instable.

o. Je jure devant ℝ, et sur la Belle Inconnue, que je ne l’ai pas prémédité ! Cherchant à savoir s’il y aurait bien une ultime proposition d’écriture, dans la dernière en ligne – et oui, il c’est prévu –, voici ce que dit f : « Ce que j’ai essayé de faire, c’est de multiplier les exercices qui soient poreux vers le devant, qui soient lancer des choses, comme des petites prises d’escalade pour s’accrocher sur le devant, ou faire que, dans cette espèce d’inconnue où on avance, on ait comme des photos, vous savez sous le révélateur, des images qui montent. […] C’est vous qui allez vous glisser vers leur… dans leur proximité, ou vers… ces lieux… très flous, partiels encore, lacunaires, de révélation. Et parce que vous aurez changé le lieu où vous-mêmes vous serez pour écrire, c’est là où ça va s’installer. Et que ça s’appellera roman, pourquoi ? Tout simplement parce que ça collera mieux avec cette nécessité intérieure, mais qui ne précède pas l’écriture, qui se révèle par elle et avec elle. »

p. Carson McCullers écrit : « Sa vie durant, il l’avait su avec force. Il avait su la raison de son travail et il possédait une conviction intérieure, parce que la tâche qui l’attendait chaque jour lui était inconnue. » C’est dans son premier roman, elle avait alors 23 ans, et ce qui caractérise ici son personnage, ne serait-ce pas une part d’elle-même, sa promesse d’avenir ?

Aujourd’hui, Carson est morte depuis un demi-siècle. J’ai le double de l’âge où elle écrit son premier roman, bientôt celui de son décès, et j’aimerais pouvoir m’identifier à son personnage. Mais pas si simple. J’ai essayé, je l’ai dit, de représenter ou suggérer au moyen de l’écriture mon travail, les services utiles aux autres, paraît-il, l’emploi qui me permet de gagner ma vie, comme on dit, et avec l’idée un peu folle de pouvoir, en même temps, prendre en écharpe le travail d’écriture nécessaire. Autrement dit, de ce qu’on peut lire sur le travailleur social, on devrait pouvoir distinguer l’ombre projetée du travail littéraire, et en acte et comme projet – quelque chose qui serait comme l’évidence de l’écriture ? Ça c’est la théorie – qui au passage n’a rien de nouveau, depuis au moins Proust et que Barthes a formulé ainsi : « le monde ne vient plus à moi sous la forme d’un objet, mais sous celle d’une écriture, c’est-à-dire d’une pratique. » Mais justement, de la théorie à la pratique la réalité pour moi devient tout autre.

D’abord parce qu’ici, autour de l’ombre, la pénombre de l’atelier d’écriture, des propositions formelles, des contraintes et consignes et conseils énoncés (peut-être par on ne sait qui : à la Scuola Holden de Turin, ils sont nombreux à en formuler, il y en a pour tous les goûts, dans tous les genres et toutes les bourses ou presque ; si on me demandait de choisir, ce serait le programme Writing Clinic ; en Italie on ne dit pas atelier mais laboratoire d’écriture, ça change quelque chose ?), sans compter les textes des autres acteurs (strictes interprétations ou détournements fous à la recherche d’espaces inconnus, sur le versant LittéraTube – tel ce microfilm, avec une affiche militante, une ensemble de racines noires, évoquant les lignes d’une femme nue arquée, en forme de cercle, avec au centre ces mots, et on s’en rapproche doucement : « nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend » ; et la voix off, qui dit, et écrit puisqu’on peut lire aussi : « On veut singulièrement être la part d’un tout » ; le tout en 5 secondes) : ça déborde cette pénombre, largement, intensément. Bref ! Pour le dire vite, la forme ne m’appartient pas.

Et, ensuite, le fond non plus. Comme formateur, au lieu d’un lanceur d’alerte j’ai plutôt le sentiment d’être une petite variable d’ajustement (il y en a d’autres, un peu partout, je sais…) dans la holding du grand monde de la Formation (les quotas du Pôle Emploi local se mêlant aux « leviers stratégiques et financiers » du Fonds Social Européen, en passant par les appels d’offres de la Région et le cahier des charges de l’Agence nationale pour la Promotion des Ateliers de Pédagogie Personnalisée) où l’on achète la Paix Sociale. Évidemment, il suffit d’ôter les lunettes qui cachent les yeux pour comprendre qu’il s’agissait ici d’une vision exorbitée, quasi fantasmatique, de l’ordre de la réalité virtuelle. À table avec les stagiaires, au travail (enprésentiel comme on dit aujourd’hui, mais je préfère l’expression in medias res), les choses sont différentes. Et je me demande si le coup de pouce apporté à la jeune collègue qui me remplace en ce moment (je suis encore en arrêt), ou si plutôt sa fraîche réponse à mon dernier message n’en constitue pas une bonne preuve, de la différence, du fantasme par contraste. Elle écrit :

Salut Willy,

J’espère que tu vas mieux. Merci pour ton mail je vais l’utiliser pour jeudi prochain.

Du coup, on a commencé avec une lecture de texte sur une chanson qui parlait d’une île et après ils devaient imaginer leur île merveilleuse avec insertion d’images. Ensuite on a fait de la description de photos et ils devaient la décrire pour qu’une personne autre puisse imaginer la photo. Je devrais commencer par ça jeudi et après ils devront lire leur description d’image et les autres sans la voir devront essayer de la dessiner.

Isabelle m’a dit qu’une personne illettrée sera présente jeudi. Elle m’a dit de voir avec toi pour la plateforme « dalia oscino ». Je dois sûrement mal l’écrire. :)

Bonne journée. 

À bientôt,

Chloé

(Quelle idée étrange, cela dit, de descendre davantage en soi-même pour y chercher l’évidence de l’écriture. Comme si le fait d’écrire ne se suffisait plus à lui-même. Qu’est-ce que ça change par rapport à l’enfant qui prend un crayon et se met à écrire une histoire, sur une petite feuille qu’il vient de plier en deux, sans autre souci que de la faire avancer, en changeant de couleur ? Qu’est-ce qui a changé ?)

q. L’électricien, j’ai encore sa boîte de vis dans le cellier. Il est mort il y a deux jours. Ça fait longtemps que la boîte traîne là, sur le frigo. Je l’ai laissée pour qu’il la reprenne, le jour où il repasserait. Mais il ne repassera plus. Et on ne le croisera plus aux soirées du comité des fêtes. C’était les seuls moments dans l’année où on pouvait discuter un peu. Et je lui rappelais pour la boîte de vis. Il n’y aura plus de moments, plus de mots. Il a dit son dernier mot. On était de la même génération. Ma maison a été son premier chantier quand il s’est mis à son compte. Ç’aurait pu être moi. D’ailleurs on a eu les mêmes symptômes. Cette barre dans la poitrine. Cette barre plus lourde, plus dense et à mesure qu’on inspire fort. Et le cœur comprimé. Les mêmes effets, pas la même cause. Lui s’en est allé. Moi je suis en arrêt. Et pas le même mot pour dire la maladie. À lui la grande crise ; moi, l’inflammation plus courante. Il y a des mots scientifiques aussi pour les distinguer. Est-ce que c’est ça qu’il aura entendu en dernier ? Et le sien, celui qu’on aura entendu de lui ? C’était lequel ? Qui le sait ? Sa femme ? Son fils ? Le médecin, un pompier ? Un ouvrier, si c’est arrivé sur un chantier ? Lui-même, parce qu’il travaillait souvent seul, avec la radio ? C’est un mot qu’il aura pensé, en regardant le plafond ? Ou une image, un portrait, un paysage, un souvenir fugace ? Ou juste le plafond ? Juste les fils qui dépassent, dénudés ?

r. À moins que ce ne soit pas vraiment fini ? Le dernier mot de l’électricien, c’est peut-être quand il n’y aura plus personne pour penser à lui ? Quand personne ne sera plus là pour lui prêter sa voix, au mort ? Pour lui parler devant sa tombe ? Quand, dessus, on verra fleurir ce genre de petite pancarte : « concession échue pour renouvellement ou abandon » ? En attendant, je conserve la petite boîte pleine de vis, sur le frigo. Ça me fait une sorte de souvenir. Une drôle de boîte d’ailleurs : un parallélépipède rectangle en plastique transparent fumé noir, avec un système d’ouverture si spécifique que je ne parviens pas à l’ouvrir (pas encore…). Et puis quand même, les interrupteurs et les prises, les appareils en tous genres, partout dans la maison, la lumière : c’est lui l’énergie, l’électricien, lui le lien aux lignes à haute tension.

s. 2 novembre 2020, la dernière proposition, enfin ! Il s’agit de fermer les yeux et d’avancer dans le paysage de son écriture, qui n’a pas nécessairement de rapport avec celui qui en était l’objet premier ou le thème général. Alors pour moi, là, d’une certaine manière – celle de la douzaine de pages qui vient de se déployer, mine de rien, en attendant ; et tant pis s’il ne s’agit que de notes qui semblent n’avoir ni queue ni tête ! ; mais quoi de mieux, aussi, pour fermer les yeux puisqu’on aura écrit avant la consigne, sans elle, comme s’il n’y en aurait jamais plus, comme s’il n’y en avait même jamais eu, ou jamais d’autre que la sienne, celle qu’on garde en soi, comme une énigme insoluble, dont la solution têtue est néanmoins reformulée régulièrement, sans cesse, ad vitam –, le temps de quelques ajustements, c’est fini. Sauf que – il y a parfois un mais comme ça, qui se glisse là moins pour nuancer (un peu quand même) que pour en rajouter au fond : un et sous le masque d’un mais –, avec cette nouvelle proposition d’écriture j’ai tout de suite pensé à un personnage dont je n’ai pas parlé – j’ai failli mais je n’ai pas pu, pas su, pour l’histoire vraie ; je crois même m’en être détourné comme on évite le regard du clodo en préférant celui du chien –, un personnage qui vient de réapparaître, redoutable quand il se trouve qu’il va entrer dans la structure : l’illettré. Il est là, lui aussi, dans ce paysage. Mais je ne sais pas : je ne sais pas s’il m’accompagne, s’enfonce avec moi plus avant, sans que je m’en rende compte, sur une piste parallèle (la piste d’un monde parallèle ?) ; ou s’il est déjà là, là-bas, quelque part, sur un îlot peut-être (de pierre, de verdure, de clarté, de mémoire… : c’est comme on voudra). Et il attend.

Laisser un commentaire

Mots pour maux |
Loveetc |
Krogsgaard24barton |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Croissants de livres
| Arts littéraires de W&W
| Pintdress8