Métier 20.1

48 Edouard Boubat - Brésil - 1985

  • Dernier texte du cycle d’atelier d’écriture Outils du roman — mais pas de la série Sur le métier. Je l’avais intitulé B.a.-ba. Plusieurs références auraient pu fournir une image-titre. J’en resterai avec Édouard Boubat, apparu à la dernière note par jeu d’associations, et avec une photo dont je n’ai pas parlé mais qui peut correspondre avec le texte, du moins dans le vague souvenir (déjà) que j’en garde ici.

Ils attendent. Du moins on dirait. Ils sont là, par petits groupes. Un sous les tilleuls, autour d’un scooter devant le range vélos. Un autre sur les marches d’un escalier. Certains assis, d’autres non. Deux sortent du cabanon. Ils auront mis leur repas de midi dans le frigo. Et un autre groupe au pied du mur, à côté de l’entrée de la structure. C’est ton groupe. T’es en retard. Enfin pas encore, mais tu finiras par l’être. En attendant, on discute, on fume. On fronce pour voir l’autre en face, à contre-jour, et le soleil est bas. Il semble faire du bien ce soleil. La matinée est encore très fraîche, l’air vif, la parole en volutes de buée, de fumée. Mais après la grisaille des derniers jours, la lumière… au pied du mur… Il y en a un qui distribue des petits papiers à tout le monde. Toi t’en auras pas. T’es en route. Tu vas être encore en retard. T’arrives au virage du Mancou. Il y a encore du brouillard, il faudrait ralentir. Tu ralentis. Tu montes encore le son. Avec le chauffage à fond, t’entends pas bien la musique. Et ce passage, là, faut que ça envoie. Faut que ça crache un peu. Parce qu’après, fini la musique. Dans la structure y en a pas. On en met pas. Je travaille jamais avec. Pourquoi ? Il faudrait. Pourquoi pas ? Ce morceau électro. Tout Polydistorsion même. Et passé le virage, la côte, puis les serres sur la gauche, tu sors du brouillard. Comme ça, d’un coup. La ligne droite qui se déroule, monte et descend, les champs et les vignes déployés de part et d’autre, le petit bois s’avance doucement, là-bas, la rangée d’arbres plus loin, qui défilent et s’écartent en suivant le Trèfle. Le ciel est bleu. Et dans le rétroviseur tu l’aperçois aussi au-dessus de la masse de brouillard. La nuit aura laissé sa couverture. T’es en retard, accélères. T’auras pas de place. Y en a plus le long des préfabriqués, sous les tilleuls et jusqu’au portail. Et en face, le long de la murette. Ça doit être à cause du groupe d’Amorce. Non, il reste une place, en retrait, juste à droite du portail. Il y en a qui arrivent à pied. Un en vélo, gilet jaune et casque noir de travers. Il les range dans un sac à dos qu’il pose au pied du mur et rejoint le groupe en sortant une petite vapoteuse de sa veste en jean. Son salut génère un beau panache de fumée blanche. Dans la structure, on aperçoit par la baie vitrée quelqu’un traverser le hall d’entrée. On entend une chasse d’eau, une porte qui claque. Le panache se disperse, ça sent le pain d’épices. – Tiens regarde. T’as pas eu le petit papier ? – Oh ! C’est qui ?

Forcément, les vendanges, t’espères qu’elle va tourner vite fait sur Montchaude, la machine. C’est drôle ce nom de village, deux mots désaccordés. Comment ça se fait ? Et comment ça se fait qu’il faut que tu te tapes cette machine quand t’es à la bourre ! Elle s’en fiche pas mal, elle, du temps, des désaccords qui forment des noms. Et la merde qu’elle laisse derrière elle ! Et on voit rien ! Un écart sur la gauche, une voiture. Appel de phares. Frein, quatrième, troisième, tu te rabats. La chute du régime fait trembler la carcasse de la Fiat. Plus de musique, le lecteur a sauté. La machine finit par tourner. T’accélères. T’es en retard. Tu montes le son. Tu sens trop venir le moment où la mélodie de Gus Gus va enfin subir « les morsures de scratches stroboscopiques », tu te souviens, agrégats, signaux sonores, messages codés, répétition, codes secrets, pulsars. Et tu te demandes comment tu vas faire. Chaque fois, avant de commencer, durant le trajet. Comment je fais ? Et l’entrée du nouveau, qu’est-ce que je vais faire ? Et comment ça se fait ? Depuis tout ce temps, quoi, vingt-cinq ans ? Comment ça se fait ? et qu’est-ce qu’on peut faire, maintenant ? Et qu’est-ce que moi, là, en quelques mois, je vais faire de plus ? Et lui ? qu’est-ce qu’il va faire qu’il n’a pas déjà essayé ? Est-ce qu’il peut encore le faire ? est-ce qu’il va pas rester coincé à un moment donné ? se retrouver dans cette chambre trop connue ? sans issue ? Cette chambre noire devenue peut-être familière, voire confortable, à force d’y séjourner ? à force de faire avec ? Avec quoi ? Mais avec quoi ? son nom et son prénom, en méthode globale ? autant dire avec rien ou des petits trous ? des petits riens dans le noir ? C’est ça, des trous de souris ? des trous à rats ? C’est ça, qu’il est parvenu à percer pour savoir au moins que ça, là, c’est sûrement des mots ? Des petits trous qui sont comme des meurtrières ? Meurtrières contre les mots illisibles, qui résistent, tenus en joue ? et contre le guetteur même ? Oui, parce qu’un chapelet de lettres sur les prospectus, avec des phrases qui n’en sont même pas, ça le mitraille du regard ? ça le touche ? et peut-être plus profond qu’on pense ? Comment on fait alors, là ? Comment je fais si je me retrouve avec lui dans cette chambre ? dans ce noir ? et une poignée de rayon de lumière ? Parce que c’est ça qu’on me demande ? c’est qu’il me demande au fond, de descendre avec lui et de le remonter ? de faire l’état des lieux et de voir comment on peut agrandir les trous ? ou comment on peut en faire d’autres ? ou comment les déplacer ? hein ? comment les disposer autrement ? comment les disposer au mieux, à leur juste place ? hein ? comment, comment ? Parce que c’est peut-être jamais que ça au fond, la lecture, l’écriture ? et même pour ceux qu’on dit grands lecteurs ? On pourraient croire qu’ils se trouvent confortablement installés dans la chambre de la langue, à ciel ouvert sur le monde, ensoleillée, mais si c’était pas ça ? Et si c’était une chambre tout aussi fermé, tout aussi noire, percée de quelques trous seulement mais stratégiquement, génialement, sur toutes les faces de la chambre ? ici et là, du sol au plafond ? Si ça ressemblait à une sorte de planétarium sur mesure, et soi au centre comme notre trou noir supermassif au centre de la voie lactée ? l’éblouissement des étoiles, ni trop ni trop peu, suffisant à faire la lumière sur le monde et dans la chambre même ? Et l’on peut alors se repérer, se déplacer dedans ? et l’élargir, repousser ses murs ? même si, en vérité, elle demeure toujours noire ?

Métaphores idiotes, et Dédé. Dédé, tu le revois au coin, avec le bonnet d’âne. Philippe aussi, parfois, mais Dédé c’était régulier. Dès qu’on lui demandait d’aller au tableau, il allait au coin. Sa place, c’était là, au coin. Même qu’un jour il y est resté sans bonnet. Il était à Philippe maintenant, parfois, et il allait se mettre dans l’autre coin. Dédé, dans son coin, il faisait plus comme les autres. Et puis un jour le coin est resté vide. Dédé n’était plus là. Philippe n’a pas pris sa place, mais il a gardé le bonnet. De temps en temps il le donnait à un autre. On disait, Dédé, qu’il avait un petit vélo dans la tête. Mais pourquoi ? Dédé, pourquoi il voulait absolument un vélo ? Il savait même pas en faire. On disait aussi que son plafond était bas. Et t’imaginais que dans sa chambre il fallait se baisser. Quand tu lui as demandé, il t’a répondu qu’il avait pas de chambre, qu’il dormait avec ses sœurs dans la même pièce, mais qu’il aimerait bien que le plafond soit plus bas. Parce qu’il aime bien ça, se faufiler. Et il aime bien grimper aussi. Sur les arbres, il allait toujours plus haut que les autres. Et c’est les pompiers qui le redescendaient. Un jour, c’est pas dans les airs mais sous terre qu’ils sont allés le chercher. On le trouvait pas. Toute la journée on l’a cherché. Il s’était faufilé dans la buse en ciment pas assez grosse du fossé juste devant chez lui. On l’avait pas entendu gueuler. On disait qu’il avait trouvé la niche pour toute sa famille. Et que des buses il en faudrait deux de plus. On en disait des choses, que tu comprenais pas. Ou plutôt si, t’auras vite compris, mais aussitôt fait la sourde oreille. Comme un mur peut-être. Si jeune. Tu te laissais porter par ces on-dit répétitifs et hystériques, avec leurs personnages, leurs gugusses, leurs revenants aussi, chimériques. Parce que Dédé, on en a même fait un Grécozombie, à cause de ses yeux un peu creux, sombres, un nez droit et une mâchoire inférieure avancée aux canines un peu saillantes. Comment ils s’appelaient d’ailleurs, ceux qui l’avaient surnommé ? ces deux jeunes de La Rochelle qui passaient l’été là, à côté de chez toi ? celui avec la tête allongée et une dentition de cheval, l’autre la tête ronde et les traits doux d’un nounours ? Qu’est-ce qu’ils deviennent maintenant ? Et Dédé ? Qu’est-ce qu’il fait Dédé ? qu’est-ce qu’il peut faire dans sa structure spécialisée à La Rochelle ? Il y est toujours ? dans une petite chambre à lui qu’il n’avait pas eue, même s’il n’a plus de maison ? c’est là que t’es, entre quatre murs ? 12 m2 ? Comment tu fais sans le bonnet grandes oreilles en papier du maître ? comment tu fais pour grimper à la cime des arbres, là-dedans ? pour te faufiler dans tes trous à rats ? comment tu les construis, enfermé dans la structure ? Personne était capable de te suivre, y avait personne pour aller au-devant de ce que tu affrontais seul. Enfin, au-devant de ce que je vois, moi, les autres, comme un affrontement, parce que c’en serait un si je me retrouvais à ta place, une bonne crise. Mais c’en était peut-être pas une pour toi. Pas de crise, pas de conflit intérieur. Alors comment tu fais, maintenant ? Et comment ils font dans la structure ? comment on fait ? Et qu’est-ce qu’on peut faire Dédé ? Qu’est-ce qu’on fait ? Qu’est-ce qu’on peut y faire ?

Mais le nouveau c’est pas Dédé. C’en est pas un. Tu l’as vu, tu l’as écouté. Tu l’as même lu. Il a écrit son nom et son prénom. Une poignée de lettres tordues. Est-ce qu’il sait les épeler ? est-ce qu’il les reconnaît ? Il t’a dit que l’alphabet il le connaissait, mais comment ? il le connaît comment ? Noir sur blanc, ou comme une comptine apprise par cœur à force d’avoir été entendue ? C’est ça que t’as oublié, de lui faire épeler les lettres. Lui faire lire, qu’il les nomme, noir sur blanc. Parce que c’est peut-être par là qu’il faudra commencer, c’est là qu’il va devoir recommencer. B.a.-ba. Énoncer pour prononcer. Nommer les lettres, construire un mot. Mot de la connaissance élémentaire. Rudiment. B.a.-ba. Et à partir de là, recommencer, répéter l’opération, l’équation, jusqu’à la formule, l’hystérie, le fantasme. Et ça, ça prend un temps fou. Un temps fou. Et comment je fais ça, moi, en quelques mois ? À partir de ça, moi, le B.a.-ba ? à partir de là, où je veux pas aller ? mais il faut, on y va tout droit, à toute berzingue. Mais je veux pas, je veux plus. C’est pas ça. Non, c’est pas ça. Même pour lui, si ça se trouve, c’est pas ça. C’est plus ça qu’il veut, c’est autre chose. Et autre chose que sa façon à lui, autre chose que sa façon de compenser destinée aux os, aux muscles, aux fluides, au métabolisme, pour finir au psychisme de la même façon que lirécrire finit par s’incarner, autre chose que cette façon de faire avec depuis tout ce temps. De puis quoi, vingt-cinq ans ? Non, c’est pas ça. B.a.-ba. Non, non. Ce qu’il veut c’est nommer, c’est baptiser les choses, c’est pas les répéter. Ce qu’on veut c’est les rêver, les imaginer, les découvrir, en inventer même, des foutues choses et des mondes. Et pour ça, b.a.-ba, non. Faudrait même pas entrer dans la structure. Faudrait se tirer. Sortir en ville. Faire un tour, zoner. Et puis on fait quoi ? Rien. Trois fois rien. On marche. D’abord on marche, on discute, on y va. Quelques-uns chargés de prendre des notes, trajet en mouvement. D’autres seulement quand on s’arrête un moment. D’autres prendront des photos du moindre truc qui interpelle. Avec les téléphones aujourd’hui, c’est facile. On fera le tri après. On peut faire aussi des croquis. Quelques lignes ça suffit, même si on sait pas trop ce que ça représente. Ce qui compte c’est les lignes, les traits. C’est la tension du lieu, l’énergie. Le moment. Et vu le temps ce matin, c’est le moment.

Avenue de l’Europe, au pas, les gendarmes au rond-point. Momo jette le reste de son thé vert au pied du range-vélos et rentre. Tout le monde entre, on se disperse dans la structure. La porte coince. On doit la claquer pour la refermer. – Ah c’est sympa l’invitation ! – Tu crois qu’il aura combien de retard ? – Beaucoup. T’as beaucoup de retard. Oh pas pour l’horloge, pour elle ce sera deux trois minutes. Mais qu’est-ce que tu peux te projeter ! En avant, en arrière, en avant, en arrière, Dédé, le nouveau, des souvenirs creux sans réel avenir, en arrière, en avant, et cette file, cette file décidément qui n’avance pas alors que t’y es presque, à deux pas. Franchement pas le moment. – Monsieur bonjour serrez à droite mettez votre masque s’il vous plaît vous allez où vous avez l’attestation vos papiers permis de conduire identité ? – Le moment c’est qu’on descendrait le Chemin noir. Et puis, on passerait devant le collège à droite, la rangée de voitures à gauche. Et puis, on tournerait derrière les cuisines, et ça sentirait la bouffe, la friture. Le rance. Et puis, on remonterait un long mur gris jusqu’au stop, jusqu’au bâtiment désaffecté, au garage à côté et quelqu’un irait faire une photo de l’intérieur qu’on croirait prise en noir et blanc. Et puis, on irait voir dans le petit parc caché par le mur gris, où tous les matins tu passes devant et jettes un œil, le parc nu, une poignée d’arbres au fond, il faudrait faucher. Et puis, on remonterait la grande rue vers le château. Et puis on couperait par un passage étroit entre deux maisons, tout en escalier. On noterait quelque chose. Et puis on déboucherait sur la nouvelle place, au pied du château, côté jardin d’enfants. Et puis on s’arrêterait là, un moment. On se reposerait sur les bancs. Y en aurait deux qui feraient les cons sur les tape-culs. Photos, notes, textos. Et le nouveau ? dans tout ça il fait quoi le nouveau ? Et à la fin ? de retour à la structure ? Quand les autres rassemblent leurs notes, leurs photos, leurs commentaires ? quand ils commencent à taper ? et quand tu leur montres comment, avec cette image et sa toute petite phrase de commentaire, les feuilles mortes qu’on aperçoit, dont on ne parle pas, deviennent l’élément vibrant du commentaire, du mot vivre ? Il fait quoi, lui, le nouveau ? Comment il fait, avec son nom et son prénom pour tout alphabet ? Et les masques, et les attestations ? tu coches quoi pour sortir de la structure comme ça ? t’y as pensé ? « assistance aux personnes vulnérables et précaires » ? ou « personnes en situation de handicap et leur accompagnant » ? c’est ça ? mais c’est con ça, tu peux te cogner, ça colle pas, hein ? et qu’ils en penseraient ? qu’est-ce qu’il en penserait le nouveau ? et qu’est-ce qu’il ferait ? qu’est-ce qu’il va faire ? il fait quoi le nouveau après une sortie, comme ça ? J’en sais rien. Il me raconte. J’écris pour lui. On peut essayer. Et après ? C’est lui qui doit écrire, non ? alors après ? Après, je sais pas. Je sais pas. Après ? B.a.-ba. Un peu de temps, et b.a.-ba.

  1. Ce qu’il faut, c’est trouver le point de bascule, quand les mots, les images, qui arrivent on se les approprie et ce qu’on fait avec c’est le meilleur outil pour s’en défaire, et se défaire de toute propriété, même de soi-même, quand tout ce qui arrive c’est pour partir avec, prendre le train en marche, hors de soi. Ça a commencé avec le texte sur le cinéma ? Ça s’est précipité avec le fact that. Ça a filé comme une étoile dans le ciel (pour rappel, une météorite qui se désagrège) avec cette histoire vraie insensée du chien barré. C’est ça qu’il faut, courir après le chien, fuir avec lui, devenir ce chien hors de lui, et alors tout le reste tombe, le sujet et l’objet du texte, l’histoire, les personnages, narration, description, question de forme, de style, de fig – Le styyyle ?! dans ta figure, face de lune ! dit Zazie.
  2. L’histoire que j’ai en tête est simple. Un formateur en voiture, qui se rend à la structure où il travaille. C’est le matin. Il est encore en retard. Pas les stagiaires qui sont réunis devant la porte d’entrée. Moment statique ou flottant, où on les observe, ils parlent d’on ne sait quoi – on n’a donc pas le son ? Et moment dynamique du formateur en route, qu’on observe aussi et qu’on écoute aussi, se projeter dans sa journée ou sa matinée, avec les stagiaires, dehors pour une fois et pas dans la structure – non, pas à table avec un papier et un crayon, un écran et un clavier, et tous ces mots pour ne rien dire –, et il roule trop vite. Le truc, c’est que le texte s’arrête lorsqu’il rejoint les stagiaires, quand tout le monde entre dans la structure. – Voilà ce que j’ai en tête. Mais les deux premiers paragraphes, déjà, m’emmènent je ne sais où… Et alors oui : j’y vais mais j’ai peur.
  3. J’ai dit on : on observe, on écoute. Je pense à une voix off.
  4. L’écriture emmène ailleurs, je l’ai noté sur un Post-it : transpoème ; Dédé ; en rouge et en noir. C’est cette forme récemment découverte, dont je ne sais pas grand-chose, et ce personnage tiré du fond de l’enfance, qui vont courber, creuser l’histoire.
  5. Montchaude : pas sûr que ce nom de village provienne d’un ancien nom composé ; il est en revanche probable qu’il s’agisse d’une évolution, parmi d’autres, du mot latin monticellus – de même que « Moncel (*Vosges,…), le Moncel ; Monchel (*Pas-de-Calais), Montcel (*Puy-de-Dôme, *Savoie), Monceau (*Aisne), Monceaux (*Calvados, *Corrèze, *Nièvre, *Oise, *Orne), Monchaux (*Nord, *Seine-Inférieure), Moncheaux (*Nord, *Pas-de-Calais), les Monceaux (*Calvados), Montceaux (*Ain, *Aube, *Saône-et-Loire, *Seine-et-Marne), Moncets (*Marne), Montcetz (*Marne), Montcet (Ain), Moncet, le Moncet ; – le Monchet (Eure, Manche, Seine-Inférieure) – on a en Normandie quelques exemples de la terminaison -mouchel – Monchelet (Somme) », selon Auguste Longnon, Les Noms de lieu de la France : leur origine, leur signification, leurs transformations, Paris, Champion, 1923 – précision utile : les départements distingués au moyen d’un astérisque signalent que le nom de lieu s’applique au moins à une localité qui a rang de commune, mais qu’il peut s’appliquer à plus ou moins de communes, avec plus ou moins d’écarts ; or, avec ou sans astérisque, la Charente n’est pas nommée… – Bien sûr, ce genre de détournement savant, et vain, est le signe d’une belle curiosité inversement proportionnelle à l’intérêt qu’on porte à l’histoire dont le cours de l’écriture est suspendu.
  6. Que cette histoire n’aille pas jusqu’à son terme, ça n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est qu’elle soit véritablement amorcée, c’est le fait que ça file.
  7. Ce « bonnet grandes oreilles en papier du maître » : quand je parlais de l’évidence de l’écriture, quelque part sous les traits de ce que le monde peut offrir, eh bien en voilà un exemple : l’écriture, écrire, ce serait un peu avec ça sur la tête : comme un drôle d’appareil d’écoute mal bricolé, censé faire réfléchir, avec lequel on se retrouve un peu idiot.
  8. Il y a ces soirées où je me laisse retenir par un film ni bon ni mauvais, que je n’aurais pas regardé si j’avais su vraiment quoi dire, et que je regrette un peu de regarder parce que je devrais me mettre au travail pour trouver quoi dire, mais que je dois quand même regarder pour reporter le vide de la page blanche sur l’écran et faire gonfler l’envie de s’y remettre après, laisser tourner et remonter, tourmenter sept fois dans sa langue ce qui sera plus clair après, pendant qu’on n’y pense pas, pendant qu’on se laisse prendre au jeu de l’identification aux héros de The Magnificent seven (le remake).
  9.  « Les morsures de scratches stroboscopiques agrégés en fantasmatiques signaux sonores, messages codés répétitifs et hystériques venus des étoiles », formule de Marc Besse dans Les Inrocks du 8/04/1997, à propos du premier disque de Gus Gus, Polydistorsion. Est-ce encore de la critique musicale ? Sous quel stupéfiant ?
  10. J’ai déjà dit que lorsque je lis les textes des autres, pour une même proposition d’écriture, je ne parviens pas à me concentrer pleinement ? Il semble que je sois moins lecteur que chercheur : c’est comme s’il y avait en arrière-plan du texte que je lis, voire en palimpseste, le texte fantôme que je cherche à écrire.
  11. Le jeu d’évocation entre le mot et l’image, les feuilles et la vie, m’a été suggéré par la vidéo LittéraTube de Milène Tournier, Méditation à la mort – avec cette étrange préposition à que j’entends comme un moyen de désigner une manière, genre peinture à l’huile, cuisine au beurre – ; mais le jeu n’est pas nouveau bien sûr, je peux le retrouver dans le livre du photographe Édouard Boubat, La Vie est belle, par exemple avec ce mot de Van Gogh : « Voilà que je m’étais pourtant juré de ne pas travailler. Mais c’est tous les jours comme cela, en passant je trouve des choses parfois si belles qu’enfin il faut pourtant chercher à les faire », et la photo, en noir et blanc, où l’on voit un pêcheur, de dos, assis au bord de l’eau, et tout contre lui, assis, un chien qui vous regarde, les oreilles dressées, un petit Terrier aux aguets.

48 Edouard Boubat - Sur les quais, Paris - 1955

Laisser un commentaire

Mots pour maux |
Loveetc |
Krogsgaard24barton |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Croissants de livres
| Arts littéraires de W&W
| Pintdress8