La soupe du jour

72 Visio sans regard - copies d'écran, montage perso - 2021

… si on a traduit écriture sans écriture, c’est qu’à un moment donné ce qu’on produit, se réfère peut-être à l’idée du livre, change à l’intérieur de nous, la projection du livre, nous rapproche de… notre, pulsion, littéraire, de notre aspiration de notre besoin, littéraire, mais à quel moment… quelquefois ça peut aller jusqu’à… ne plus savoir, ni dire, ni parler, est-ce que c’est intéressant… ? je le prétends pas… c’est juste qu’y a un espace là, et que la convergence deux fois de suite, le cinéma, pas de texte, et puis, littérature sans texte avec ce mouvement paradoxiste, ouh là ! et si on allait y voir… ? / je suis assez fasciné par cette idée de reprendre, des… des textes qu’étaient, même si y avait des écrits qu’étaient des velléités, et d’en faire quelque chose, et d’écrire sur ces textes qui n’ont jamais existé, alors je sais pas si c’est vraiment le sens euh… c’est une sorte de comment dire… d’éclair que j’ai eu euh… dans ta vidéo, j’ai regardé les dix premières minutes, et j’ai dit euh… mais bon dieu mais bien sûr, y a plein d’idées de textes qui sont là, à qui j’ai parlé, et j’en ai rien fait, et pourquoi pas reprendre non pas les textes, les débuts de textes que j’ai écrits, mais cette idée de texte pour en faire un autre texte… ? et je trouve assez, assez fff… ah plutôt vertigineux même… / c’est pas quelque chose qui tient… c’est quelque chose qu’est dans l’air… où, la question de la posture d’écrire, crier… venir sur la place publique et crier… est-ce que c’est, un geste littéraire ? pas en tant que tel… si je le fais en tant que, geste littéraire, je viens sur la place publique, je crie, je dis, ceci, est ma littérature ceci, est ma forme d’action littéraire ceci, est ma composition… ben c’est littéraire par essence… — dans le sous-bassement de l’écriture, dans ce qui nous pousse à écrire, dans ce qui nous appelle à écrire… y a un moment… où se forment des fantômes, où se forment des, des masses où se forment des, des vides où se forment des couleurs, où se forment des appels… — si on entre dans ce sous-bassement, du premier appel de l’écriture, ça s’est pas encore condensé en texte, ça ne se condense pas en mots… encore… dans, cette espèce de grognement, qui vient du profond… si c’est ça qu’on décrit… si on le décrit dans son état d’avant-texte… qu’est-ce qu’on trouve de soi-même… ? qu’est-ce qu’on trouve qui peut concerner, profondément, la littérature… ? / mais c’est vraiment, c’est vraiment le retour à l’humanité en fait < ouais, bien sûr >, quand ils se retrouvent il est vraiment, il touche vraiment le fond puis il rencontre ce, ce Français qui lui dit, qu’est, qu’est tout neuf dans les camps donc il est encore un peu en forme, qui lui dit apprends-moi l’italien et, et il essaie de se souvenir du début de la Divine Comédie et < oui voilà > et il dit, et il dit je donnerais ma soupe du jour pour me rappeler ces deux vers < oui, exactement, oui > voilà, pour moi c’est ça la littérature sans texte, c’est la soupe du jour…

  1. Extraits de deux vidéos : de l’atelier Prendre #6, du gros plan comme outil littéraire, avec Jean Epstein, sur Tiers Livre ; et de la visioconférence en ligne sur YouTube, cycle « Prendre » — Zoom du lundi 18 janvier.
  2. J’aime assez croiser les transcriptions des différentes vidéos, les différentes interventions du Zoom, pour en faire un texte inédit, original.
  3. Pour les copies d’écran des visages, sans regard, je ne sais pas trop. On peut faire le rapprochement avec le coup de la littérature sans texte, mais je ne sais pas, au fond. En tous cas, c’est toujours de la voix prise sur le vif.
  4. Évidemment, j’ai conservé les mêmes règles de transcription. Mais je n’ai pas ici utilisé les slashs pour les coupes des vidéos (peu nombreuses, me semble-t-il, surtout dans le Zoom), mais pour le changement d’intervenant. Vers la fin, des tirets demi-cadratins — mais peut-être sont-ils trop similaires aux tirets cadratins ? mieux vaudrait des chevrons ? —  encadrent une voix seconde, d’arrière-plan, qui entrecoupe la voix principale. Quant à l’italique, il marque la présence d’une voix imaginaire au sein de la voix des intervenants.
  5. Quel titre pour l’image ? La soupe du jour, ce n’est déjà pas vraiment ce qu’il y a de mieux pour un texte quand on n’a pas le contexte… parce que la soupe du jour, c’est celle qu’on servait dans le camp de concentration dont parle Primo Levi dans Si c’est un homme.
  6. Peut-être devrais-je penser aussi penser, comme David Larlet, aux espaces fines insécables, quand je saurai comment les utiliser ?

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