Induction_6b.9 (cycle prendre – le temps – 6b)

93 Francisco Goya - Le Chien - 1819-1823

Et de temps en temps, c’est là que ça se jouera enfin. En fin, le plus pathétique, le plus stérile. Magmatique. Tous ces chocs d’un chiffre à l’autre, eux en marche ordonnée, cap au soleil, et les mots et les images qu’ils valent sans souci ni d’ordre ni de désordre, ou alors un ordre gratuit, rose emportée par les vents, tous ces chocs ça rappellerait, pourquoi pas, l’image et les mots pour la transcrire en valant bien d’autres, mais c’est celle-ci qui s’actualise, celle-ci qui se réalise, celle-ci qui s’idéalise, celle-ci qui se vampirise, celle-ci qui se martyrise maintenant, et adieu Régine, François, Pierre, Paul, Jacques et Cie, {thank you so much, alea jacta est}, ça rappellerait le vieux Nèg’. Ave. — Le Nèg’ dans l’eau. Le Nèg’ et les caillasses. C’était l’été. C’était l’été en grand. Une éternité. Sous les arbres. Des arbres élancés, frémissants. Des peupliers. Le feuillage tout en long. Tout en ligne. Au bord de l’eau. La rivière. Ce qu’il en reste. C’est l’été sec. Au bord de l’eau sur un pont de pierre. Une grosse pierre. Énorme. Un bloc. Raide. Deux même. Deux blocs fendus, un bout cassé. Et de la mousse. De la mousse, des lichens. Partout. Sur les pierres fendues, les peupliers frémissants. Et les cailloux dans l’eau. À fleur d’eau. De gros cailloux dans l’eau. Partout dans l’eau. Au fond de la rivière. Pas profonde. Ça fait un guet. On peut marcher sur les cailloux. On saute même. On saute dans l’eau. On patauge, on s’éclabousse. Ça rafraîchit. Et le Nèg’ qui aboie. Le Nèg’ aux aguets. Il aboie. Il remue la queue. Il attend. Il attend que ça. Que ça saute. De sauter. Dans l’eau. De sauter sur le caillou. Le gros caillou. Le caillou qu’on vient de jeter. Loin. De temps en temps. Le plus possible. Loin. Jusque-là d’où elle arrive, l’eau. Jusqu’au lit plus étroit. Le lit ensablé. Vaseux. Le filet d’eau. C’est l’été. Jusque vers là, le caillou. Le caillou qu’il va chercher, le Nèg’. Le Nèg’ qui patauge. Qui éclabousse. Il va chercher et il rapporte. Il rapporte le gros caillou, le Nèg’. Il le rapporte dans sa gueule. Il le tire avec ses crocs. Et c’est lourd. Et ça résiste. Et il tire. Il tire avec ses pattes. À coups secs, il tire. Raide sur ses pattes. Il tire et il rapporte. Il rapporte le gros caillou. Il rapporte et c’est bien. Le Nèg’. Il rapporte et il sort de l’eau, le caillou. Il le sort. Il le tire. Il le remonte. De temps en temps. Il le tire. À grands coups secs. Avec ses crocs. Dans la gueule. Sur la berge. Au pied du pont. Au pied de la pierre. Fendue. Sur l’herbe. Et il aboie le Nèg’. Il aboie après le caillou. Il aboie. Il remue la queue. Raide sur ses pattes. Et c’est bien le Nèg’. C’est bien. Il remue la queue. Et il détale. Il court. Il saute dans l’eau. Il patauge, il éclabousse, il saute. Il va. Il a vu. Il a vu le nouveau caillou. L’autre gros caillou. Il a vu, il y va. Le Nèg’. Là où l’eau rentre. Le sable, la vase. Le filet. Où l’été rentre. Là où se trouve le gros caillou. L’autre. Le nouveau. Plus gros. Moins de prise. Et il le prend. Le Nèg’ il le prend. Le caillou. Il le tire. Avec ses pattes. Il le tire à coups secs. Il le lâche. Il le retire. Avec ses crocs. Il tire, le Nèg’. Et ça résiste. Et ça lâche. Et il aboie. Il aboie le Nèg’. Il pime. Il aboie. Et il tire. Il tire le gros caillou. Sur ses pattes raides. Il tire. De toute sa gueule. Et c’est lourd. Ça résiste, le caillou dans l’eau. Trop gros. De temps en temps. Ça tire. Ça tire les pattes. Ça tire la gueule. Et c’est bien. C’est bien le Nèg’. Vas-y. Encore, vas-y. Tire. Tire. Vas-y. Encore. Sur les pattes. Sur la gueule. Sur les crocs. Raide. Raide qu’il tire, le Nèg’. Raide, qu’il sort. Raide qu’il remonte, le caillou trop gros. La queue droite. Sur la berge. Au pied de la pierre. Le pont fendu. Dans la boue. Et il aboie. Il aboie, le Nèg’. Il aboie après le gros caillou. Le numéro six. Ou le sept. Il remue la queue. Il aboie, le Nèg’. Aux aguets. Raide sur ses pattes. Il aboie sur le six. Il aboie sur le sept. Et la huit, plus petite. Il la remonte plus haut. Plus haut dans l’herbe. Et il aboie. Il aboie raide. Il aboie sec. La queue dans tous les sens. Aux aguets. Et détale aussi sec. Il a vu. Il a vu le caillou sauter. Il a vu le caillou plonger. Il l’a vu éclabousser. Il l’a entendu claquer, caillasser. Péter. Au fond de l’eau. Près du filet d’eau. Le filet d’été. Ensablé. Envasé. De temps en temps. L’éternité. Le gros caillou. Qui claque. Ça caillasse. Ça pète. Ça éclabousse. Et vas-y. Et c’est bien. Vas-y. Tire, tire. Résiste. Tire. Le gros caillou. Le gros neuf. Tire sec. Tire raide. Sur les pattes. Les crocs. La gueule. Le gros neuf qui résiste. Qui tire sur la gueule. Sur les pattes. Comme le gros dix. Encore plus gros. Plus gros sur les pattes. Sur la gueule. Que ça lâche. Et relâche. Au fond de l’eau. Au bord du filet. Eu pied de l’été. L’éternité. Gros gros caillou. Grosse gueule. Que ça résiste. Que ça tire. Que ça aboie. Aboie, aboie. Queue raide. Pime pas. Tire. Vas-y. Tires-y. Tires-y sur la gueule. Au gros caillou. Avec les crocs. Gros gros crocs. Neuf, dix, onze. Sur les pattes. Sur la queue. Tire. C’est bien, le Nèg’. C’est bien, le Nèg’. Tires-y. Raide, les pattes. Raide le caillou. Gros gros. Tires-y, les pattes. Bien. Tires-y bien. La gueule, les crocs. La queue raide. Dix, onze, douze. Et il aboie. Il aboie, aboie. Le Nèg’. Aux aguets. Il aboie. La queue vole. Ça résiste. Il aboie quand ça lâche. Il aboie quand ça coule. Quand ça bloque. Quand ça coince. Quand ça grince, les crocs. Quand ça racle, la gueule. La grosse gueule. De temps en temps. Quand ça pime. Pime pas. Pime pas, tire. Tires-y, le caillou. Tires-y sur le coin. Tires-y sec, le sable. Tires-y la vase, le filet. Raide. L’été, tires-y raide. À grands coups secs, l’éternité. Les crocs. La queue folle. Jusque sur la berge. Jusque dans l’herbe. La boue. Tire raide. Sur les pattes. Sur la gueule. Sur le pont de pierre. Sur la pierre fendue. Cassée. Et de treize. Et aux aguets. Vas-y. Aux aguets, le Nèg’. Vas-y, aboie. Et aboie. Vas-y aux aguets. Aboie, aboie. Vas-y et détale. Sec. Sec et raide. Sur les pattes. Sec et raide. Sur la gueule. Sur les crocs raides. La gueule raide. Détale. Détale et court, saute. La queue valdingue. Éclabousse. L’eau. Le caillou. Au fond. Le sable. Saute sec. Au fond de l’eau. La caillasse. Sur le pont. La pierre fendue. Raide. Le caillou cassé. Le gros dernier. Le gros filet. Envasé. Filet d’été. Sec et raide. Sur les pattes. Sur la grosse gueule, l’été. La queue folledingue. L’éternité. Raide et gros, le Nèg’. Raide et sec. Langue pendante. De temps en temps.

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