6 h 17

94 Chantal Akerman - No Home Movie (photogramme) - 2015

… merde ! on y arrivera pas, c’est mort là, putain d’nuit, c’est mort depuis longtemps de toute façon, ça fait chier ! mais ça fait chier ! et on comprend rien, on y comprend jamais rien, rien de rien, putain tu t’endors direct tellement t’es crevé, et puis l’autre qui s’réveille, là, en pleine nuit, tout ça pour aller pisser et boire un coup… 6 h 49 mais ça arrivait plus, ça s’était calmé ça, putain ! ces trous dans la nuit, merde ! pas possible, pas possible ! et y a rien à faire, rien, mais pourquoi qu’on s’rendort pas comme ça, comment ça s’fait qu’on s’rendort pas, et pourquoi tu t’réveilles aussi, comme ça là, paf ! tu t’endors direct, t’es raide, crevé, boum ! le sommeil… et puis tu t’réveilles comme tu t’es endormi, comme ça là, paf ! comme une claque, paf ! dans la gueule, ouais dans ta gueule et c’est pas l’envie qui m’en manque, de gueuler, d’gueuler là, et d’réveiller tout l’monde, merde ! les autres se réveillent pas eux, hein ? i’ s’réveillent pas la nuit, ça leur arrive pas, à eux, de s’réveiller avec le réveil dans la gueule à 7 h 53… ça arrivait plus là, fallait que ça arrive, fallait qu’ça r’vienne ces conneries, tout c’que t’as dans la tête, tout c’que tu traînes comme conneries, putain ! mais s’prendre la tête comme ça… et tout l’monde s’en fout d’tes p’tits délires à la con là, d’tes p’tits textes d’écrivaillon, là, tu vois où ça t’mènes maintenant, tu l’vois, l’trou noir, dans la nuit, le trou dans la nuit, dans la nuit noire et obscure, obscure et sombre, c’qui pouvaient être cons ceux-là, comme toi, c’que t’es con à t’prendre la tête comme ça avec tes textes… c’est mort, impossible avec ces trucs pour rien, mais pour rien, rien de rien, c’est pas parce que tu vas en rajouter un coup par-ci, et un coup par-là, mais tout l’monde s’en fout, et les autres f’ront pas la différence, qu’est-ce qu’ils en ont à faire de savoir que t’avais pas fini ton carpe diem, et ton carpe noctem hein ? qu’est-ce qu’elle en dirait Fatima Daas ? elle en parle pas de ses nuits, elle, elle en parle pas elle dort ! et toi tu voudrais rajouter ce truc qui t’as travaillé toute la nuit, toute la nuit, t’entends… ? et à 10 h 36, là, tu voudrais rajouter quoi encore ? hein ? qu’en fait c’qu’on peut faire, là, la déclinaison nom, prénom, âge, adresse, mensurations, numéro de téléphone, etc… même à 16 h 41 on peut l’faire avec plein d’autres choses aussi, c’est ça ? j’m’appelle Clichy-sous-bois, j’suis une banlieue de Paris où vit Fatima Daas, mon nom vient de grands bois qui ont fait place à de grandes forêts d’immeubles… quand t’y penses ! on dort pas non plus là-bas, et ça doit cogiter grave là-haut, toute la nuit, putain ! toute la nuit à cogiter, et pas pour des textes sans noms, pas pour quelques lignes dont tout l’monde, mais tout l’monde se fout… tu parles ! et pourquoi pas la nuit, hein ? la nuit… à 23 h 12 ça s’arrêtera peut-être, la nuit, on va lui régler son compte, j’m’appelle la nuit, Fatima elle parle pas de moi, j’m’’en souviens pas, mais j’aimerais bien qu’elle parle de moi autrement que par métaphore, la nuit enveloppe sa vie, d’accord, mais sa vie la nuit, elle en parle pas, elle parle pas d’moi, et on m’prendra vraiment pour un con si j’ajoute ça, un grand malade, tout ça pour quelques lignes de plus, tout ça pour une nuit blanche interminable, et pas qu’inter, ouais, et on t’prendra pour ça, minable pour quelques lignes sans noms, et on s’demandera si tu les a pas rêvées en plus, merde ! si t’as pas entendu des voix dans tes rêves, merde les cons ! comme si t’avais dormi, mais non, tu leur diras, non, moi j’dors pas comme ça, dans mes nuits il y a des trous, des trous grands comme ça, des grands trous blancs qu’on voit pas venir, jusqu’à 6 h 17

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