Découper des ciels

100 Thème en image d'Artfèvre - 4 février 2021

Je dessine un oiseau, et c’est tout le ciel qui apparaît. Voilà, en substance, ce qu’aurait dit Henri Matisse vers la fin de sa vie. Il en était là, à observer les à-côtés, le derrière ou l’envers, je ne sais trop comment dire, de ses dessins, de sa peinture, comme le plus sûr, le plus essentiel peut-être, de ce qu’il dessinait, peignait.                            Un oiseau, tout le ciel apparaît. En somme, c’est la leçon tirée des papiers découpés. Je prends une feuille blanche — je réalise deux traits, deux petits traits courbes qui se rejoignent comme ceux des dessins d’enfants, à l’aide d’un crayon, d’un pinceau, d’un cutter, ou de je ne sais quoi qui laisse une trace — le ciel est là, découpé de deux petits traits incurvés qui se rejoignent traits, mais là.                Un oiseau, et le ciel. Un art de la découpe, de l’assemblage, du collage. Couper-coller. En dessins, en peinture, en photo, etc. Un oiseau. Un nuage. Un avion. La traînée qu’il laisse. La lune. Le soleil. Les deux, eux deux bords du ciel. Une étoile filante, et c’est la nuit. Le Surfer d’argent.                                      Un oiseau, le ciel. Mais je peux découper le ciel avec la terre aussi, quelque chose qui en signe la présence. Des arbres. De grands arbres aux troncs élancés, et le feuillage fait le reste. Une branche, quelques feuilles, des fleurs peut-être, comme dans les estampes japonaises. Un toit, un toit en surplombe, qui s’avance, un avant-toit. Et un tour derrière, qui le domine, une grande tour solitaire comme Montparnasse. Des tours éclairées, et c’est la nuit. Des maisons éclairées, la nuit, isolées, dispersées dans une montagne invisible. Des rochers, des pics élancés, enneigés.             Un oiseau, le ciel. C’est petit un oiseau. Il y en a des gros mais le plus souvent c’est petit. Ceux qui viennent dans le jardin ils sont petits. Et ils picorent des insectes et des graines plus petits encore, qui sont grosso modo comme de la taille d’un oiseau pour moi. Et qu’est-ce qu’on peut voir du ciel quand on a cette taille-là, d’un vers de terre ? Comment ça se découpe le ciel, à l’échelle de ce qu’on ne voit pas, parce qu’on n’y fait pas attention ou parce qu’on ne veut pas le voir ? Des feuilles élancées, fines et coupantes ? Un nuage de microfleurs, genre gypsophile ? Un bec d’oiseau furtif, et on se retrouve dans le ciel ? Un oiseau, le ciel. Ou des lignes d’horizon.

100 Svetlana Kopystiansky - Paysage marin - 1984

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