Au pays de Prá

101 Cimafunks à l'entraînement – vidéoclip de Cun Cun Prá par Cimafunk, copie d’écran - 2021

Les Cimafunks seraient un peuple vivant aux confins de la Grande Garabagne, dans le pays de Prá oublié par le professeur Michaux. Un peuple de danseurs. C’est chez eux qu’aurait lieu le culte du Cun Cun Prá organisant leur vie au quotidien.

Chaque jour, à un moment de la journée, il faut se mettre à danser. Le moment n’est jamais déterminé. Sauf un jour dans l’année, pour la grande fête du Cun Cun Prá, parce que l’on sait que personne ne dansera pas. Mais ce jour-là n’est pas fixe et personne ne sait vraiment quand il arrivera. De la même façon, les Cimafunks ne savent pas quand la danse du jour, le moment culte, aura lieu. C’est d’ailleurs pour cela qu’on les compare aux Artfèvres qui, eux, doivent chaque jour réaliser une petite œuvre artistique, si modeste soit-elle, et de n’importe quelle manière — libre à chacun d’exprimer son talent, même le désir de ne pas l’exprimer les jours de grande fatigue. Mais la comparaison s’arrête là. L’année des Artfèvres correspondant à un mois lunaire ou menstruel strict, leur chronologie est une des plus complexes au monde, surtout les mois-années bissextiles, qui ne permet aucune comparaison, et encore moins de filiation, avec d’autres peuples. Un mythe veut d’ailleurs que les Artfèvres aient adapté leur mode de vie comme s’ils étaient sur la lune. Bref ! Ce que les Cimafunks savent, en revanche, c’est qu’au moment où il faudra danser, il faudra danser tous ensemble, tous en même temps, sur le même tempo, en cadence, comme un seul homme.

Pour cela, les Cimafunks s’entraînent régulièrement, parfois des heures durant, dès leur plus jeune âge. Une légende veut même que le culte du Cun Cun Prá soit né de ces entraînements quotidiens : certains se seraient mis à danser, ça aurait beaucoup plu, on aurait appris à d’autres à faire de même, ça leur aurait beaucoup plu, et ainsi de suite : on se serait entraîné les uns les autres à danser, d’abord le matin, puis de plus en plus tard dans la journée, la chaîne de danseurs s’agrandissant, le temps de danse s’allongeant, gagnant même la nuit, si bien qu’un jour on ne sût plus qui entrainait les autres : était-ce ceux du matin qui avaient initié la danse du soir ? ou les danseurs de la nuit la danse du jour ? La question aurait longuement été débattue un jour, où l’on ne dansa pas. De là viendrait le jour de fête du Cun Cun Prá. Sans réponse, on se remit à danser et à s’entraîner à danser pour apprendre à danser. Jusqu’à ce que, à un moment donné, on sut que tout le monde dansait : on le sut parce qu’on sentait, à ce moment-là, que les autres autours, juste le petit cercle de danseurs autour de soi, dansaient du même pas : chacun sentit que, d’un danseur à l’autre, grand ou petit, jeune ou vieux, homme ou femme, le pas se perpétuait, se répercutait, un peu comme les étourneaux volent ensemble, resserrés, ou comme les petits poissons d’un banc qui, réagissant au moindre mouvement des plus proches voisins, avec un décalage infime, font vaciller tout le banc dans un mouvement ample et vif comme si le grand animal qu’ils redoutent surgissait : le Cun Cun Prá.

C’est cet instant-là, perdu, que les Cimafunks honorent et recherchent chaque jour en dansant et en s’entraînant. Et il n’est pas dit que ce qu’ils honorent en dansant du même pas, comme un seul homme, cun cun, ne soit pas la recherche même de ce pas quasiment tout le reste du temps.

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