Silence bordel

110 Stelarc – Suspension, performance – photo Claudio Oyarce - 2012

                                                                                                          …, bordel, le silence ! même le silence c’est le bordel, les jours de nuit blanche, t’es là, en train de te rendormir, que tu sais plus depuis combien de temps te débats avec le sommeil, tes pensées, le livre, la valve disparue, le moustique que t’as fini par avoir, t’es là, tu vas enfin te rendormir, tu t’es même concentré pour ça, tu t’es mis à méditer, enfin à essayer, en pensant à la façon de ne penser à rien, de freiner, stopper ce flux incessant en y pensant, en te recentrant sur ta respiration, ton souffle, en le ralentissant, le plus possible, en essayant de ressentir le lent mouvement, le flux et le reflux de l’air, l’inspir, l’expir, ça entre et ça sort, ça entre et ça ressort, respiration en suspension, l’air, partout, dans ton corps, et possible que tu en fasses la revue, du bout des doigts des mains au bout des doigts de pieds, tu respires, lentement, tu es à l’écoute, l’inspir, l’expir, tu sens le souffle frais entrer, le chaud sortir, enfin tu essayes, calmement, en suspension, les yeux fermés, et tu entends, et tu finirais presque par voir, ton cœur battre, et le sang s’écouler, partout dans ton corps tu entends le battement, tu la vois même l’oscillation, et le décalage entre le rythme de la respiration, ralentie, et le battement du cœur, et tu sens que ta respiration se calque sur la marche du cœur, qu’elles vont aller du même pas, tu sens qu’elle glisse, les yeux fermés, et tu entends le flux et le reflux du sang dans l’oreille, tu entends dans ton oreille, celle de l’acouphène, les frottements à chaque battement, que ça s’écoule le sang, que ça pousse le cœur, le flux et le reflux, l’inspir et l’expir, le souffle suspendu, partout dans le corps les yeux fermés, l’oreille à ciel ouvert, les frottements géants dedans, la vibration, lentement, ça reprend, l’amplification, comme si l’air passait aussi par-là, l’oreille, mais ça vient du sang qui frotte, ça vient du cœur qui pousse, du sang dans les veines, des valvules, jusque dans le cœur qui pousse, le cœur qui pompe, le cœur qui valve et valvule, jusque dans les auriculo-ventriculaires, jusque dans les oreilles, l’oreille qui vibre, l’oreille amplifiée, frottée, battue, l’air dedans, le souffle en plein cœur, reflux et reflux, inspir-expir, suspension les yeux fermés, à ciel ouvert sur le corps, son respir dans l’oreille, le frottement, le battement du sang vibrant, amplifié, en plein cœur, suspens, du bout des doigts des mains aux bouts des doigts de pieds, et tu repasseras pour la revue, parce que t’entends plus que ça, tu vois plus que ça, plus rien d’autre que ce que t’entends, le souffle en plein cœur, au cœur de l’oreille, vibratile et amplifène, le sang partout, la poussée, le corps qui valve et qui valvule, la pompe acouphène, bordel, même les murs si ça se trouve, même la chambre ça flue et reflue, ça frotte, ça bat, ça vibratile, ça amplifène, même le silence dedans, en plein cœur, même à 6 h 17, — quand tu te rendors, que tu crois, quand t’es là, en train de rendormir, que tu sais plus depuis combien de temps te débats — t’es là, tu vas enfin te rendormir, tu t’es même concentré pour ça — la façon de ne penser à rien, de freiner, stopper ce flux — ressentir le lent mouvement, le flux et le reflux de l’air, l’inspir, l’expir, suspens, ça entre et ça sort, ça entre et ça ressort — du bout des doigts des mains au bout des doigts de pieds — les yeux fermés, et tu entends, et tu finirais presque par voir — et le décalage entre le rythme de la respiration, ralentie, et le battement du cœur, et tu sens que ta respiration se calque sur la marche du cœur — les yeux fermés, et tu entends le flux et le reflux du sang dans l’oreille, tu entends dans ton oreille — l’oreille, mais ça vient du sang qui frotte, ça vient du cœur qui pousse, du sang dans les veines, des valvules — les yeux fermés, à ciel ouvert sur le corps, son respir, suspense dans l’oreille, le frottement, le battement du sang vibrant, amplifié, en plein cœur — au cœur de l’oreille, vibratile et amplifène, le sang partout, la poussée, le corps qui valve et qui valvule — même les murs si ça se trouve, même la chambre ça flue et reflue — même le silence dedans — même le silence, bordel !

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