La cour 2 (cycle Prendre – le temps – 8)

Les gueules cassées - photo perso - 2021

Les trous dans le sol, à l’entrée, ça aussi c’est plutôt récent. Pourtant le revêtement a été refait il y a quelque temps, on a remis du goudron. Ça changeait de l’ancienne allée, ce mélange d’enrobé rongé et de grave censée le soutenir qui occupait toute la cour. Il l’occupe toujours, d’ailleurs. Seule l’entrée a été refaite, mais si court. Et ça a pas vraiment tenu. Les allers-retours des voitures auront vite fait de la dégrader petit à petit, tout en continuant à terrasser le reste de la cour. Des trous, il y en a un peu partout. On traverse pas la cour de la structure en voiture sans être ballotté. Mais je la traverse rarement. Quand j’arrive, presque toutes les places sont prises. Je dois me garer juste après le portail, à droite, dans la pente, le long du petit bâtiment préfabriqué blanc, gris, désaffecté, qui fait face à la structure de l’autre côté de la cour. Je me souviens qu’il y avait, dedans, du vieux matériel informatique. Je sais qu’on a tout enlevé, tout jeté. Mais je sais pas ce qu’il contient aujourd’hui, s’il y a quelque chose dedans, si on y fait quelque chose, ou s’il a conservé sa fonction de débarras. Je vois jamais personne entrer ni sortir. C’est juste ce petit bâtiment blanc-gris, à droite en entrant, derrière le portail. Je dis blanc, gris, même s’il a été récemment repeint dans un jaune sable, de la même couleur que le muret du portail. Ça le rafraîchit un peu, ce petit bâtiment désaffecté à côté duquel je me retrouve presque tous les matins. Juste devant sa façade toute en vitres. Juste à côté des trois marches de la porte-fenêtre permettant d’y entrer, et de l’affiche qui y est scotchée. Un poster, représentant une vingtaine de dessins de visages, des caricatures à la mine de plomb, des visages déformés dans un style tirant au cubisme, ou plutôt à la manière du peintre Bacon. Mais juste à la manière de, parce qu’on a pas osé, ici, dessiner à coups de poings dans la gueule. En tous cas, chaque matin ou presque, je me gare à côté de ces gueules cassées, en nuances de gris. Ce sont les premiers visages que je vois dans l’enceinte de la structure. — Pourquoi j’ai jamais eu l’idée d’aller jeter un œil par la fenêtre ? Je verrais facilement ce qu’il y a, et peut-être ce qu’on y fait, dans ce petit bâtiment blanc-gris. —

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