La cour 3 (cycle Prendre – le temps – 8)

106 Bidons Igol - photo perso - 2021

Je suis garé juste à côté, dans un carré de pelouse dégarni. Et juste devant un passage herbeux, entre le petit bâtiment et le dernier préfabriqué de la structure, qui mène à une espèce de remise en appentis, un long couloir de terre battue, sombre, courant entre les plaques de ciment, la face arrière des préfabriqués, et une murette en pierres apparentes décrépie, reste de l’enceinte du parc, plutôt un champ en friche aujourd’hui, dans lequel la structure s’est implantée, une murette surmontée de quelques rangées de parpaings sur quoi prennent appui des plaques de toiture ondulées en éverite, et quelques-unes translucides, plus ou moins — un couloir où s’entassaient à l’entrée presque obstruée de nombreux pupitres de l’ancien CFA, souvent cassés, pourris, des pupitres individuels avec un trou pour l’encrier dont il reste un exemplaire dans le garage, un des rares restés dans un état correct que j’ai pu récupérer avant que le tout parte à la déchetterie, et qui me sert de petit établi pour bricoler, c’est Sophie à l’époque qui m’avait dit de me dépêcher — une remise aujourd’hui quasiment vide, au fond de laquelle on tombe sur un mur de parpaings brut et y a plus qu’à faire demi-tour, y a plus qu’à repasser à travers les trois ouvertures, trois murs de parpaings, bruts, et un passage, devant des dizaines de barres métalliques empilées sur trois étages de planches soutenues par des pieux plantés dans la murette, repasser devant des big bag, côté préfabriqués, des big bag vides, repliés, dans d’autres Baobag blancs, et une vingtaine de sacs en plastique transparents entassés, certains bleus, d’autres jaunes, orange, deux tout noirs, de gros sacs poubelle remplis de bouchons, de couvercles et de capsules de toutes les tailles et de toutes les couleurs, des centaines, des milliers sûrement, stockés là on se demande bien pour quoi faire, et puis un gros bidon tout blanc, avec de gros caractères noirs, comme des lignes en dents de scie peintes à la main, comme des signes d’une langue inconnue, et puis le gros bidon orange à l’entrée, le gros bidon orange avec une espèce de flamme jaune et, tout blanc, Motul. Dans la cour, c’est des Igol. Deux bidons bleus à bande blanche au milieu, devant l’entrée de la salle réservée au club moto dont on perçoit bien la grande affiche et le logo, Cagouilles 16, dehors, noir et blanc sur un pan de mur gris, à côté de la porte d’entrée. Avant, le lieu abritait une aumônerie, bien signalée par une large affiche bleu marine, fixée à l’intérieur sur la vitre à côté de la porte d’entrée, juste devant les rideaux rouges d’un côté, aujourd’hui roses, et blancs-gris de l’autre, une aumônerie où certains soirs, quand on traînait dans la structure, on pouvait apercevoir quelques hommes et quelques femmes voilées y pénétrer. Le matin, une fois garé, je passe devant les bidons Igol et la salle vide, et je rejoins l’entrée de la structure en longeant les nez et les culs des voitures, les trois érables à ma gauche, et à droite le long préfabriqué dont la façade, en fonction du changement de salle, change de couleur. Grise pour l’ancienne aumônerie, elle devient jaune comme le petit bâtiment, pour l’Amicale laïque, et blanche pour la partie de la structure où je travaille. Blanche, et rouge pour les portes et les fenêtres. — Et Marie, la secrétaire, va encore passer sa journée toute seule dans ses neuf mètres carrés miteux, devant un écran d’ordinateur qui va faire que de sauter, et pour un ou deux coups de fil quand ça veut bien… heureusement qu’on la paye ! —

106 La remise - photomontage perso - 2021

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