La cour 4 (cycle Prendre – le temps – 8)

 107 Érables et cabanon - photo perso - 2021

Au pied des érables couverts de mousse, les feuilles, avec la pluie, ont fini par former une bouillie marron. Il y a des flaques partout. On sautille pour les éviter, mais on s’éclabousse quand même. Salut, ça va ?Ça va, ça va… Les six ou sept personnes du groupe Amorce s’entassent sur le perron de la salle de l’Amicale. Personne parle. Un autre, sac à dos à l’épaule, adossé à un érable, a la tête dans l’écran de son smartphone et joue des pouces. Une femme très grosse, que j’ai jamais vue, peut-être une intervenante pour un sujet spécifique, passe en se balançant avec un trousseau de clefs qui cliquette. Elle ouvre la porte et entre en laissant ouvert. Personne pour la suivre, sauf celui qui envoyait sûrement un texto. On se met à parler. —

Le sol graveleux craque quand une voiture arrive doucement. Elle se gare le long du mur d’enceinte, en face des préfabriqués, devant une autre voiture ou le cabanon de chantier blanc aux arrêtes rouges. Un mur qui sépare la structure de la caserne des pompiers et de leurs logements, dont aperçoit les étages et les toitures, les fenêtres, volets fermés ici, ouverts là, du linge qui pend parfois, avec les beaux jours, des antennes hertziennes, et la grande antenne de la caserne et sa pointe en forme de trident. D’abord végétal en face du portail, le mur devient jaune paille, comme le bâtiment désaffecté, parsemé de taches et de traînées verticales noires, et puis tout gris, derrière le cabanon jusqu’aux toilettes. Tout gris, parce que cette partie du mur, cachée par une haie végétale qu’on a arrachée en même temps que celle qui envahissait le portail, elle aura jamais été peinte. Aujourd’hui, avec l’espace gagné, ce sont les voitures, garées en file indienne, devant le petit cabanon, qui forment une haie de métal brillant et parfois coloré. —

Le Famili’Bus, dernier arrivé, dépose ceux qu’ont pas de moyen de locomotion. On descend par l’avant et par la porte coulissante, on récupère les sacs à l’arrière et on se dirige dans le petit cabanon pour déposer les gamelles dans le frigo. On se retrouvera à la pause déjeuner, avec deux ou trois autres, dans les six mètres carrés autour d’une table en formica marron à lignes noires. Pour réchauffer sa gamelle, on attendra son tour de micro-ondes. Sauf celui d’Amorce, qui déjeunera avec ceux de son groupe dans la cuisine de l’Amicale. … et la secrétaire, elle, elle reste toute seule dans son bureau, mais parfois je crois qu’elle va sur le parking de l’Inter, elle doit manger dans sa voiture…

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