La cour 5 (cycle Prendre – le temps – 8)

108 La cour, de l'intérieur de la structure - photo perso - 2021

Il y a toujours un peu de monde de part et d’autre de la porte d’entrée. On discute, on se roule une cigarette, on rajuste son bonnet noir, les mains dans les poches, le téléphone à l’oreille, on vapote, un pied sur le range-vélo, le coude sur la pompe à chaleur qui tourne, on entre dans les toilettes, un autre en sort presque aussitôt, la fumée volute au-dessus des têtes, la lumière s’allume dans la salle info, quelqu’un traverse le secrétariat, une chasse d’eau, … au fait, vous savez j’ai pas oublié pour aujourd’hui, ce que vous avez demandé, j’ai pas oublié le petit objet vous savez, de le ramener, c’est un objet que j’aime bien, c’est pour l’exercice que vous avez demandé, j’ai pas oublié, c’est le stylo de ma fille, vous allez voir, c’est le stylo scoubidou qu’elle m’a fait un jour, c’était un cadeau, je sais plus pour quoi, mais je l’aime bien ce stylo, ça me rappelle ma fille vous savez, parce qu’elle est plus là ma fille, elle est plus à la maison, mais j’ai son stylo scoubidou, je l’aime bien, c’est mon cadeau, il est joli, vous allez voir, il a plein de couleurs, ma fille aussi elle était comme ça, plein de couleurs au fond, vous savez, c’est bien ça les couleurs, vous avez vu la dernière fois, j’avais utilisé plein de couleurs pour écrire, c’est pas pratique mais c’est joli, et le stylo scoubidou aussi, vous allez voir comme il est joli, et je vous raconterai avec ma fille, même si elle est plus, même si elle me manque un peu quand même, vous savez, heureusement que j’ai encore son stylo, ça me la rappelle, ma fille, c’était son cadeau pour moi, c’était gentil ça, ce stylo scoubidou tout en couleurs qu’elle m’a fait, c’est joli, c’est plus joli que ce que je lui ai fait vous savez, c’est pour ça que je la vois plus, c’est pour ça qu’elle me manque, heureusement j’ai son stylo, elle est pas partie avec, elle me l’a laissé, c’est gentil ça aussi, de l’avoir laissé, qu’est-ce que j’aurais fait sans ça, sans ça pas de stylo, j’aurais pas pu penser à ma fille quand elle était là, quand elle était jolie, elle était jolie vous savez, et moi j’ai fait des choses pas jolies, j’ai fait des choses sans couleurs, je lui ai pas fait de stylo scoubidou comme elle, je lui ai pas fait de cadeau comme elle, parce que c’est un cadeau ce stylo, c’est un beau cadeau qu’elle m’a fait, c’est mon cadeau, moi j’en suis pas un avec ce que je lui ai fait, qu’elle est partie, qu’elle me manque, mais son cadeau ça me la rappelle vous savez, et vous allez voir comme il est beau, vous allez voir aussi ce stylo scoubidou, avec toutes ses jolies couleurs, comme il écrit bien, et ma fille aussi elle écrit bien, elle écrit très bien ma fille vous savez, mais elle m’écrit plus, non en ce moment je la vois plus et elle m’écrit plus, c’est dommage parce qu’elle écrit bien ma fille, elle a une jolie écriture, moi j’écris pas bien, pas très, mais j’aime bien écrire avec le stylo de ma fille, le cadeau qu’elle m’a fait, le stylo scoubidou vous savez, vous allez voir, toutes ses jolies couleurs, comme elles sont bien tressées… — Pour entrer, je passe mon sac, trop lourd à cause de l’ordinateur et des livres qui resteront sûrement fermés, dans l’autre main, qui tient déjà le petit baise-en-ville Blanc Bleu dans lequel se trouve mes gamelles. Mais depuis quand ça s’est déglingué ? Depuis quand ça a pris du jeu, la poignée blanche, et sacrément ? Depuis quand c’est prêt à me rester dans la main, quand je veux l’ouvrir ? — Ah ben vous avez l’air en forme, mais gardez-en un peu…

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