Tuilage 3 (cycle Prendre – le temps – 9)

D’ailleurs, ça tombe bien ça, puisque c’est fini, puisque je m’en vais. Et l’humain aussi peut-être ? Parce que, est-ce qu’il s’agit bien de l’humain ? Si c’en était pas ? Si c’était pas ça que j’ai travaillé ? Après tout, ça aussi ça fait peut-être que passer ? Peut-être que ça va, ça vient ? C’est plus fuyant que ça en l’air, peut-être, de l’humain ? Et alors quoi ? Qu’est-ce que j’aurais travaillé toutes ces années ? De l’animal ? Du floral ? Et qui fait que quand même, à la fin, l’essentiel est accompli parce qu’il s’agit bien de moi ? Mais est-ce qu’il s’agit bien de ça, à la fin ? Et si c’était pas ça non plus ? Mais peu importe au fond, peu importe. De toute façon, comme disait l’autre, « l’essentiel en toute chose est toujours accompli par des êtres obscurs, non distincts, et sans valeur chacun ». Qui disait ça déjà ? Mais peu importe. L’essentiel, c’est le fait que le matin, quand t’arrives et que tu t’installes, tu dois te retirer. Au début c’est déjà comme ça. Quand les autres arrivaient, s’installaient, je restais à l’écart, j’hésitais, je savais pas trop ce que je devais faire, ce que je devais dire. Et puis j’ai compris que ça servait à rien d’hésiter. Le mieux, c’est de se camper là, bien à l’écart, bien en retrait. Le plus possible, derrière son écran, quitte à se plaquer contre le mur, à se glisser dans le coin. Les autres arrivent, ils s’installent, et toi tu t’écartes. Tu bouges pas forcément, c’est juste que tu montres bien que t’es pas là, que t’es pas avec eux. Que même tu t’en vas. Le plus loin possible. Ailleurs. Tu te poses là, ailleurs. C’est ça, tu arrives, tu t’installes en même temps que les autres, et en même temps c’est pas toi qui t’installes, c’est la distance. C’est le bord où tu trouves. Ailleurs.

Ailleurs parce que je m’en vais maintenant, parce que c’est fini. Pas pour eux, par contre. Parce que, eux, c’est à la même place qu’ils s’installent. On arrive, on pose son sac, on sort une trousse, un stylo, un cahier, des feuilles ou rien, une bouteille d’eau, on se salue, avec quelques mots comme ça, des clichés, des futiles, des conventionnels, chacun à sa place aussi. Et puis on finit par sortir la machine. Systématiquement. Avec le temps c’est devenu une habitude. Au début je demandais qu’on en prenne une, maintenant je n’ai plus besoin. Ils s’entraînent les uns les autres. Même les nouveaux, qui hésitent au début, prennent le pli d’autant plus vite que c’est les autres qui leur sortent une machine, leur ouvrent la dalle en grand, leur allument l’écran et les icônes. Et c’est ça au fond, qu’on installe, la machine, les icônes. En lettres, en chiffres, en formes, couleurs, bits.

TOMPERT Michael - Candy, iPod Nano - 2010

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