Petite bisse

120 Petite bisse - photo perso - 2021

Kilzi trakilzi… Quand je l’ai entendu, alors que j’étais en train de tondre, de débroussailler même vu la hauteur de l’herbe, et que je n’aurais rien entendu si on m’avait parlé, je me suis demandé comment cette petite bisse de rien du tout, que je ne parvenais même pas à voir, arrivait à faire autant de bruit. Elle donnait de la voix de tous les côtés, très fort. Kilzi trakilzi par ci, etretili TILI par là. J’ai fini par l’apercevoir quand elle s’est posée au sol devant moi et la machine. Elle sautillait, la petite bisse, elle s’avançait. Même pas peur ! Etretili TILI J’ai cru qu’elle essayait de m’effrayer pour que je déguerpisse, parce que j’étais sur son territoire. Mais pas du tout. En fait, il s’agissait certainement de cris de joie. Parce qu’elle picorait, la bisse, elle sautillait et picorait et se glissait presque sous l’herbe fauchée et la mousse arrachée. C’était pas la guerre qu’elle me déclarait, mais la fête ! La fête en sautillant, en picorant, en se roulant presque dans l’herbe et la sous mousse. Comme c’était la fête à tire-d’aile, d’une branche à l’autre, d’un arbre à l’autre. Kilzi trakilzi… etretili TILI… TILI TILI La petite bisse, elle savait donc ce que je faisais, ce qui se passait avec la machine grondante ? Elle avait vraiment compris que moi, avec cette machine, je travaillais pour elle ? À quel moment ? En apercevant derrière moi que le sol était soudain fauché, dégagé, aéré, certainement. Mais si c’était avant ? Si c’était en me voyant arriver avec la machine pétaradante ? Si c’était au son même de la machine, sans me voir avec, quand je l’ai démarrée devant le garage ? Et surtout, pour quoi une telle fête ? Pourquoi me l’avoir signalé, en allant au-devant de la machine ? Bien sûr, la fête n’est rien sans partager la musique et les chants, mais pourquoi avec moi ? Il n’y avait aucun individu de son espèce pour ça et elle se sera sentie si seule qu’elle aura bravé l’obstacle de la différence d’espèce ? Ou à l’inverse, elle aura senti en moi, la petite bisse, comme un besoin de fête dans une tâche qui ne s’y prête guère ? Parce que c’est ça qui m’arrivait aussi, en entendant la petit bisse soudain me crier dessus, croyais-je, m’engueuler, m’intimer l’ordre de déguerpir ou sinon… je ne voyais rien, mais j’entendais bien ces Kilzi trakilzi… etretili TILI… TILI TILI… et moi qui ne disais rien mais n’en pensais pas moins, avec la machine, bara bama baraba mince…

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