Insurrection 2/3 (cycle Prendre – le temps – 9 – insurrection)

133 Touchez pas à la charentaise, reportage de Stéphane Dépinoy, Joseph Haley, Laura Lequertier et Clément Magnin, 2020 – charentaise en exposition – copie d'écran, 2021

Et que si tu vas pas au pain c’est lui qui vient à toi, des panneaux lumineux dans les zones commerciales, des grandes affiches dans les rues, les magasins, les petites dans les magazines, les annonces de Radio Voili et Télé Voilou tiens ! même dans le JéT c’est à peine masqué, non mais tu te souviens ce reportage, ou ce colportage plutôt, sur la tradition de la charentaise avec relance de la petite entreprise familiale ? tu te souviens, que tout y était, le fait que le petit patron était amoureux de la charentaise, le fait que l’artisan au chômage on le voit signer son contrat, le fait qu’on s’indignait que ça disparaisse cette tradition, le fait que la charentaise on l’a remise au goût du jour, le fait qu’on l’a amplifiée, déformée, stylisée, le fait que tu sais pas le prix mais que ça marche du feu de dieu, un scénario bien ficelé, beau comme du gonzo, bref ! tout ça, ces images et ces mots brandis, avec personne pour les tenir, avec tout le monde qui les regarde, qui écoute, qui lit, sans même s’en rendre compte, sans même ! et parce que tout le monde s’en fout ! Tout ça réunit, parce que c’est ça qui nous unit, si t’en mets un ou une derrière chaque panneau, chaque affiche, chaque annonce, chaque formule tape-à-l’œil en forme de joli pavé lubrifié, à l’huile de moteur dorée, sucrée, une brique aussi soyeuse qu’un lingot, des lubriques, je te le fais pas dire, imagine ça, tous ceux et toutes celles dans les lignes et les ateliers de fabrication et les réseaux de distribution des panneaux, des affiches, des annonces, ces quidams qu’on retrouve en gilets jaunes et bonnets rouges si ça trouve, pavés bleus en germe sous les idées noires, imagine-les, mais ça te fait une armée, c’est une armée et ça cogne sec, ça vient frapper jusque chez toi, et c’est une armée qui tient avec rien, je te jure, parce que y a personne, et parce que je la retrouve tous les jours dans ma boîte aux lettres, tous les jours là-dedans, dans ce petit cube d’acier gris camouflé tellement c’est couvert de lichens, quand j’ouvre je reçois un pain, et multiplié, à coups de petits prospectus, des flyers si tu préfères, je te jure, ça fait toute une armée, et dis-moi que tu l’as jamais lu ce slogan, dis-moi bordel, parce qu’il revient souvent celui-là, un éternel retour, Tous unis contre la vie chère ! avec un beau pavé de bœuf Jerâle ou de belles tranches de rosette Justice Bridée tiens.

133 Touchez pas à la charentaise, reportage de Stéphane Dépinoy, Joseph Haley, Laura Lequertier et Clément Magnin, 2020 – ouvrière au travail, touchons à rien – copie d'écran, 2021

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