Pesée de l’emploi 1/3 (cycle Baudelaire – 3)

142 En attendant (accueil de la Maison communautaire pour l'emploi 1) - photo perso - 2021

  1. Il y aurait la liste de ce que j’apportais avec moi à mon arrivée dans la structure. Il y aurait la liste de ce dont j’avais besoin. Il y aurait la liste de ce qui m’était inutile. Il y aurait la liste de ce qui me manquait, et me manque toujours.
  2. Et la liste de ce que je pourrais emporter quand je quitterai la structure. Celle de ce que je laisserais en partant. Celle de ce qui me manquera. La liste de ce qui me manque toujours, depuis le début. — La liste de tous mes collègues aussi, actuels, anciens et futurs (jusqu’à ce que je parte). Idem pour les stagiaires. Idem pour les membres du conseil d’administration. Idem pour ceux que j’oublie, mais qui restent liés, de près ou de loin, à la structure — comme cette femme de ménage, un été, qui a jeté l’éponge au bout de quelques jours, ou le fondateur de la structure que j’ai rencontré une fois, feu M. Bobe.
  3. Si la liste c’est le voyage, et si le voyage est relatif à la mort : alors, remettons-nous-en à cette liste de questions toutes faites que tout le monde dans la structure, pour préparer les entretiens individuels, pour faire le point sur soi dans la structure, pour se positionner dans la structure, pour se projeter dans la structure, pour s’améliorer dans la structure, etc. — comme un voyage introspectif au cœur de la structure où l’on travaille, et qui nous le rend bien parce qu’elle nous travaille, à partir d’une grille de mots et de cases vides.
  4. La liste de questions, toujours la même, chaque année, quelques jours avant l’entretien, un mois peut-être. Et plus l’entretien approche, plus la liste revient, plus les questions tournent, chaque jour, les mêmes questions, avec les mêmes réponses qu’avant, les mêmes questions sans réponses, le même tableau à deux colonnes, les questions qu’avant, les mêmes cases vides en face, les mêmes mots employés, les mêmes sous-entendus, chaque jour, la liste sans fin qu’on retourne, les questions répétées qu’on détourne — le bilan de la tenue du poste actuel… mais quelle tenue ? la vestimentaire, le costume, l’uniforme que j’ai pas, ou qu’on voit pas ? ou la tenue parce qu’il faut tenir, à ce poste ? il faut résister, résister ? et alors le bilan, c’est si j’ai bien résisté ? c’est ça, depuis l’année passée, chaque jour, si j’ai tenu le coup ? le doigt sur la couture ?
  5. La salle fermée. Une grande salle fermée. Une salle de réunion, rideaux tirés, stores fermés. Une grande salle, toi d’un côté, eux de l’autre. Et combien de chaises vides ? Le grand soleil, le paysage, la vue imprenable derrière les rideaux, les stores. La salle fermée. La lumière des réflecteurs. Les visages masqués. La parole filtrée.
  6. Les mêmes questions avec la liste des autres. Les mêmes questions avec les réponses d’avant. Les réponses d’aujourd’hui, les questions sans réponse. La réponse pour la case vide. — Alors qu’est-ce qu’on note au final ?
  7. « L’introspection (du latin introspectus. Note de l’auteur : là, c’est pas une bêtise !) désigne l’action de “regarder à l’intérieur”. En général, elle désigne le fait pour un sujet de s’observer lui-même, de saisir et de rapporter ses propres processus cognitifs. Pour clarifier les choses, l’introspection consiste donc à balayer devant sa porte… Cet ouvrage, loin d’être un balai, pourra servir à certains et certaines d’aspirateur !

J’ai à cela une explication (raisonnablement) audacieuse : les buses, certainement, mues par un inextinguible goût du savoir, avides de nouvelles connaissances, développent plus que d’autres une grande passion pour le principe de Peter. Et…

Paul : C’est quoi, le principe de Peter ?

Lexomilus Tonvoisinus : Ah, c’est un principe qui nous guette tous, Paul, vous comme Agrippine. Le “principe de Peter” est également appelé “syndrome de la promotion focus”.

Agrippine : La promotion faux-cul ! Tu m’étonnes.

Lexomilus Tonvoisinus : “Focus”, Agrippine, “focus”, du latin focum. Pour ce qui est de factus culum (faux-cul), c’est un tout autre débat, ne mélangeons pas tout, s’il vous plaît ! Poursuivons. Le principe de Peter est un principe relatif à l’organisation hiérarchique. Il est paru originellement sous le titre The Peter Principle (1969), selon ce principe : “Tout employé tend à s’élever à son niveau d’incompétence.”

Paul : Alors dans ce cas, Hervé, je peux vous dire qu’il n’a pas atteint son niveau d’incompétence, il l’a explosée, pulvérisée, sa compétence, alors je peux vous dire, sa compétence elle est K.-O. debout !

Lexomilus Tonvoisinus : Ah ! Mais c’est qu’en la matière, Paul ? vous trouverez toujours des sprinters et des perfectionnistes !

Paul : Alors je peux appeler ça The Hervé Principle ?

Lexomilus Tonvoisinus : Si vous voulez, Paul, si vous voulez. Je peux continuer ?

Paul : (…)

Lexomilus Tonvoisinus : Et ce principe est suivi de son corollaire, le fameux corollaire de Peter : “Avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d’en assumer la responsabilité.” » (Tonvoisin, Travailler pour des cons)

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