Analyse de pratique, pratique (cycle Baudelaire – 4)

154 ZAC lieu-dit Plaisance - via le site Remonter le temps - copie d'écran - 2021

  1. Obsession ? Alors c’est pour toi, Jack.
  2. L’analyse de pratique professionnelle, c’est quoi ? N’est-ce pas ce genre de pratique obsessionnelle, dans les entreprises, permettant de contenir le risque psychosocial, consistant peut-être à maintenir la pression, en faisant oublier, ensemble, voire à faire accepter, ensemble, les conditions de travail, parce qu’elles ne sont peut-être pas si difficiles qu’on le croit, et la crise n’est peut-être pas si réelle, la parole de chacun et de chacune, à tour de rôle, permettra d’ailleurs de lever le voile, de faire parler en toute liberté ces conditions, dans la critique, et dans leurs valeurs aussi — parce qu’il faut savoir rester justes, il faut savoir faire la part des choses, et ne pas nous étonner alors si on se met à douter, si on commence à culpabiliser, ce ne sera qu’un juste retour des choses —, devant tous et toutes qui trouveront, ensemble, chacun et chacune à sa façon, une solution, une consolation ? — Vraiment, j’exagère Jack ?
  3. Conseil de f : « merci d’écrire uniquement au présent, l’obsession vous rejoint depuis tous ses âges, à travers tous vos âges, même tapie au fond de vous-même, c’est un présent. » Alors, depuis cette analyse passée, je pourrais m’y inscrire comme si j’y étais, comme si ça allait commencer même, avec cette hantise du moment où il va falloir parler, s’avancer, avec ce souci de rester en retrait, de se cacher derrière la parole des autres, de se tapir sous son silence. Et c’est tout ça que je lui raconte, à Jack. Parce que c’est là qu’il est, Jack, retiré, caché, tapi là où la langue marine, comme une soupe primordiale de haute énergie plus naturellement pétillante qu’une eau minérale, derrière les fourrés qui entourent une mare singulièrement souffrée. — Et qui ressemble étrangement à la source du Sanctuaire de Faulkner.
  4. C’est cette marne qu’il faudrait d’abord décrire, au lieu de l’analyse de pratique et de l’analyste qui la dirigeait — Mme Ferrari, une bombe !
  5. Et bien sûr que dans ces cas-là on voudrait sortir de sa brousse, s’avancer, parler, avec aisance, du moins être un peu à l’aise. Mais ce lieu et ce temps spécifiquement dédiés à la parole, hors de la structure, pendant les heures de travail alors suspendues, cette mise en scène et cette distribution de la parole hors de sa réalité, ce dispositif actionné par un autre…
  6. Un mot de Van Gogh à son frère Théo, dans la lettre du 17 septembre 1875 (il a 22 ans), qui pourrait faire office d’exergue à l’ensemble des textes consacrés au travail, à la structure : « Réserve aussi un peu de ton amour à la firme et à ton travail. Cependant, tu ne dois pas exagérer. — Est-ce que tu manges bien ? — Surtout mange du pain, autant que le cœur t’en dit. Bonne nuit, je dois cirer mes chaussures pour demain. » — J’aurais pu me contenter de la première partie. Mais la seconde me semble nécessaire. Pour son côté presque absurde, qui renverse l’injonction du peintre (pas encore) moraliste. Mais presque, car le pain, en métaphore du travail, ouvre une piste plus sérieusement politique. Quant au cirage de pompe, la nuit… Une image toute faite représentant ce qu’on va lire ? — Et puis, la nuit passée, ce mot d’une lettre sans date retrouvée sur lui le jour de sa mort, le 29 juillet 1890 : « Eh bien ! mon travail à moi, j’y risque ma vie et ma raison y a fondré à moitié. » Fondré… pour effondré ? pour fondu ?
  7. Je viens de terminer le texte. Ce sont plusieurs paragraphes à coller à l’aide de tirets cadratin ou d’espaces insécables. Mais il me semble qu’il s’agit d’une partie d’un texte qui doit en comporter une autre.
  8. La seconde partie serait consacrée au reste de l’analyse de pratique, soit environ deux heures de discussion. L’obsession initiale reste concentrée aux premières minutes de présentation des participants, autant dire rien. Or, durant tout le temps de la discussion, je n’ai rien dit et on ne m’a rien demandé. Alors le silence — impossible, on n’arrête pas le flux des pensées, si éclaté soit-il —, rétention ? retenue ? résistance ?
  9. Tirets ou espaces ? — Le tiret rompt, et relie. C’est une espèce d’agrafe, plus ou moins longue si on enchaîne les tirets. Les espaces rompront et laisseront flotter plus ou moins longtemps. D’un côté le texte cousu, de l’autre mité. Qu’est-ce qui m’obsède le plus ? Le doigt sur la couture, ou dans le petit trou ?
  10. Ça pourrait commencer par : Mais ça c’est rien, Jack. Je m’appelle… je s’appelle… tout le monde s’appelle. J’ai arrêté ça, mais je me suis habitué quand même, depuis le temps. Je m’appelle… C’est après que ça se gâte.
  11. Mais s’agit-il encore de la même obsession ? n’y a-t-il pas rupture et reprise ailleurs et autrement ? S’agit-il seulement d’une obsession ? Après tout, l’analyse touchant à sa fin, certains ayant beaucoup discuté, d’autres moins, moi pas, Miss Ferrari m’a quand même demandé si je souhaitais partager quelque chose avant d’en terminer et je ne suis pas resté mutique. — Ben… j’partagerais bien une bière, en fait, parce qu’il fait soif maintenant… Comme si je ne m’étais pas arrêté de parler ! — Ah, mais c’est qu’vous voulez m’prendre par les sentiments !

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