Adresses de travail 2/4 (cycle Baudelaire – 5)

Thérésa, navigue sur la Toile, prend des notes sur un petit cahier. Elle ne me laisse pas lire avant la fin. Elle n’a pas besoin d’aide pour ses recherches. Sur l’écran, une lourde porte cochère voûtée ; jambages à colonnes engagées supportant un balcon, balustrade en fer forgé ; des chasse-roues, tubes de métal ; deux vantaux bleu marine ; des panneaux de soubassement sculptés, une pointe de diamant au centre de chacun ; des panneaux vitrés en ferronnerie, 4×8 carreaux, dont un tout rond au centre, comme un œil ; d’autres panneaux au-dessus, moulurés, architecturés, comme des gerbes ailées, enrubannées ; les impostes en arc, panneaux vitrés en ferronnerie, des arabesques ; le dessus-de-porte sculpté au centre de l’entablement du balcon, un cartouche stylisé pour un décor de rocaille tout en courbes et contre-courbes mouvementées, presque en forme de cœur. Ce n’est pas la porte de l’hôtel Lauzun, plus simple. En juillet 2015, le vantail de gauche était ouvert : on aperçoit deux appliques en forme de réverbère, deux panneaux rectangulaires dont les vitres reflètent le sol de la cour intérieure, une grille et peut-être une fenêtre ; l’arrière d’une moto avec un bagage tout rond. En juin 2015, c’est le guichet du vantail de droite qui était ouvert : il fait sombre ; on aperçoit, au fond, la grille, la cour pavée, une fenêtre arquée avec une espèce de trou dessous, dans le mur, une niche en anse de panier, où Baudelaire a peut-être craché. Elle écrira…

Bon alors, ces Marais ? — J’patauge. Non, mais c’est vrai, j’sais plus moi, avec toutes ces pages ouvertes j’sais plus. J’ai perdu c’que j’cherchais. — Ah ben oui, mais c’est pas avec Pôle Emploi qu’vous allez r’trouver. Allez, j’prends la main si vous voulez. — Attendez, j’finis de r’garder les annonces.                               Alors, Paris c’est là, ça c’est la page recherche, ça c’est l’article rue des Marais, ça vot’ messagerie, là une autre page recherche. Et c’est la même ! — Mais j’vous dis, j’sais plus où j’en suis là. En plus le 25 il existe nulle part. — Il existe pas ? — Nulle part j’vous dit, r’gardez. — Alors, la rue d’Nancy elle est là, ça c’est la rue Albert Thomas. Et la place ? — La place ? j’ai pas cherché. — Bon alors on va commencer par ça. Allons-y. 25 place Bonsergent, qu’est-ce qu’on a… ? Ah oui, je vois l’coup du boulevard ! Monsieur Haussman s’est fait plaisir ! Y a quand même un bout manquant entre la rue et la place. Ce s’rait quand même pas d’chance que l’baron ait rasé le logement d’Baudelaire. — Et moi j’vous dis qu’il existe plus.                               Alors, ce 25 place Bonsergent… Vous voyez les p’tites pastilles ? — C’est comme ça qu’ça s’appelle ? — Euh… j’en sais rien, c’est venu comme ça. Bref ! mes pastilles ça aide pour retrouver l’sens. Vous voyez ? Ça c’est le quatorze, et au bout… le dix-huit. — Et alors, il est où le 25 ? — Oui là, j’crois qu’c’est mort vu qu’après c’est l’boulevard. — En plus les nombres impairs ça tombe en plein sur la place, là où c’est vide !

159 Crachoir de Baudelaire (entrée de l'Hôtel de Lauzun) - Google Maps (street view juillet 2015) - copie d'écran, 2021

  1. La solution pourrait justement venir de ça : de la boucler. Je veux dire que je pourrais me taire en proposant l’exercice d’écriture de f directement à celles et ceux avec qui je travaille dans la structure. Pour une fois, ce ne serait pas moi qui écrirais — ou alors sous l’espèce de l’écriture sans écriture ? Je pourrais leur donner la liste des lieux de vie de Baudelaire, à eux ensuite d’en choisir un ou deux, de les retrouver sur la Toile, et d’écrire ? À moi de les aider dans leurs recherches et de rassembler l’ensemble des textes. À ce travail collaboratif, alors, d’exprimer le génie du lieu de travail.
  2. On pourrait aussi choisir un seul lieu et chacun effectuerait ses recherches et écrirait à partir de ce qui a été trouvé. — On pourrait aussi proposer de décrire les étapes de la recherche, de l’écriture.
  3. Et moi, en attendant, je m’intéresserais à un autre endroit, en lien avec le lieu de travail. Cette pièce abandonnée, par exemple, derrière des volets en ruine d’un immeuble en plein centre-ville, le jour où l’on a décidé de sortir, pour une fois, de la structure et de traverser la ville jusqu’à la passerelle.
  4. On pourrait aussi faire un pas de côté et s’intéresser aux lieux portant aujourd’hui le nom de Baudelaire : collèges, lycées, rues, avenues, boulevards, impasse peut-être ? — Ou des lieux dans le monde du genre : rue Charles Baudelaire, Dumbéa, Nouvelle-Calédonie — Baudelaire, Bar in Saint Petersburg, Russia — Baudelaire, Cœur d’Alene, Idaho, Etats-Unis — Baudelaire, Santa Cruz de la Sierra, Bolivie — Institut bilingue Baudelaire, collège à Yaoundé, Cameroun.
  5. Impasse Charles Baudelaire — Aizenay, en Vendée, donnant accès à une place vide en mars 2011, pavillons en construction — Agen — Arnas — Bollène — Boulazac-Isle-Manoir — Bourges — Bram — Charvieu-Chavagneux — Château-d’Olonne — Conques-sur-Orbiel — Couternon — Delle — Gerzat — Grabels — L’Étang-Salé — L’Huisserie — La Valette-du-Var — La Verrie — Lège-Cap-Ferret — Moissac — Montpon-Ménestérol — Muzillac — Narbonne — Pechbonnieu — Peypin — Saint-Geniès-de-Malgoirès — Saint-Louis-de-Montferrand, où se situe l’entreprise La Touche de peinture — Saint-Yrieix-sur-Charente, avec au bout un petit accès piétonnier à la rue de Bellevue — Sérignon — Seyches.
  6. Impasse Baudelaire — Blagnac, dans une cité pavillonnaire de maisons en kit, de haies, de jardins, allée de pavés roses — Cubiac, en Corrèze, et limite du département — Erquery dans l’Oise, au bout un arbre ferme l’accès à la plaine vallonnée de champs et de bois — Fréjus, à l’angle de l’avenue Maupassant, dans un quartier tout en circonvolutions où l’on retrouve Saint-Saëns, Balzac, Flaubert, Strauss, Manet, Verlaine (en impasse également), Mozart, France, Renan, Bizet, Chardin, Rodin, Ravel, Michelet, Wagner, Daudet, Millet, Debussy, Lamartine, Stendhal, Fragonard, Gounod, Chateaubriand, Ronsard, Charpentier, Courbet, Rossini, Malherbe (avenue et impasse), Valéry, Berlioz, Martin du Gard, Gauthier, Watteau, du Bellay, Poincaré — L’Hébergement, en Vendée, avec Péguy, Prévert, Rimbaud, etc., et surtout à deux pas de Nono la belle cuisse — La Chapelle-sur-Erdre, en Loire-Atlantique, une impasse juste en face d’une autre, coupée par le chemin de la Nallière — Le Havre, comme la porte de derrière du lycée Claude Monet, « accès interdit à toutes personnes non autorisées », en portail gris surmonté de fil barbelé — Les Angles, dans le Gard, avec Molière, Sand, Verne, Zola, Saint-Exupéry, Fournier, etc., avec au bout une petite place ronde où trônait une poubelle grise, un jour de décembre 2008, son reflet dans une flaque — Mondeville, Calvados, impasse cernée par une série de pavillons accolés, toute en décrochage, en coins et recoins scalaires, qui font penser à l’escalier sans fin d’Escher, on y entre par la rue Sartre — Neuville-sur-Saône, par une rue qui monte, l’impasse redescend, pavillons en file indienne de part et d’autre — Osny, Val-d’Oise, un chemin piétonnier, gardé par des barrières métalliques, d’herbe et de terre, entre deux haies — Oyonnax, dans l’Ain, pour un escalier en ciment à trois volées de six, six et huit marches — Saint-Martin-des-Champs, Finistère, une fausse impasse, comme une petite boucle, comme une hernie de la rue Dumas, avec un étranglement pour la rejoindre — Trangé, dans la Sarthe, une impasse pour Google Maps, pas pour Géoportail : dans une cité en construction, un chemin terreux ouvert à des champs de cultures diverses.

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