Mais dors… (7/7) – codicille (cycle Prendre – le temps – 10)

168 La Petite dernière (couverture) - photo perso - 2021

  1. Dernier texte du cycle d’atelier d’écriture Prendre, avec le Tiers Livre. Mais nouveau texte du cycle d’exploration de mon métier, de ma pratique professionnelle de formateur à travers, ou avec, celle de l’amateur d’écriture. En tout, depuis le cycle Outils du roman et avec celui en hommage à Baudelaire, une quarantaine de textes. Et, pour les notes qui les accompagnent de manière systématique pour que l’écriture prenne, pour expliquer ceci, pour comprendre cela, pour prolonger le texte, pour revenir sur le précédent, pour en entrevoir un autre, peut-être pour parler de tout autre chose : certainement plus de cinq cents. Je n’ai pas fait le compte et je ne le ferai pas. Mais forcément, dans la masse, et avec le temps, certaines ne doivent guère avoir plus de sens que lorsque Mascarille, dans Les Précieuses ridicules, s’étonne de son impromptu : « Avez-vous remarqué ce commencement, oh ! oh ! Voilà qui est extraordinaire, oh ! oh ! Comme un homme qui s’avise tout d’un coup, oh ! oh ! La surprise, oh ! oh ! »
  2. « Et la fille sans le savoir, ancre marine ondulant sur les tempes, emprunte ses bras, et voilà le corps. » — Je suis resté un instant à lire et relire cette phrase de Françoise, que je ne comprenais pas, avant de m’apercevoir qu’il y avait un e à temps. Alors j’ai compris la phrase. Mais je suis resté encore un instant à me demander si, au fond, elle n’avait pas écrit temps au féminin.
  3. Dans la vidéo de présentation de l’exercice : « J’ai mes p’tits Beckett qui sont toujours là, mais aussi j’voulais pas… prendre un point d’départ chez Beckett. Le point d’départ, c’est vraiment ce texte de Cindy Van Hacker. Réapprendre à danser. » — OK, je coupe.
  4. Et si je percutais ensemble mes quatre textes sur l’insomnie écrits pour Artfèvre, et recollais les morceaux avec de la structure, deux ou trois choses du travail, là-bas, qui auront troublé le sommeil, le corps chu, brassé, lessivé par l’avers et le revers de ce qui t’attend demain, de ce qu’il faut faire, de ce qu’il faudrait, faudra faire, de ce qu’il aurait fallu ? — À l’inverse, si je secouais les fragments de journaux concernant les événements qui auront anéanti le travail, le corps, soufflé ?
  5. J’ai commencé à écrire. J’ai aussi commencé à lire les textes déjà en ligne sur Tiers Livre. J’écris, du coup, avec ce que je lis des autres. Comme je vais écrire avec ce que je vais lire de ce que j’ai déjà écrit. Au final : un foutu cut-up.
  6. Des textes des autres, juste un fragment à copier, coller. Des textes que j’ai écrits, des blocs. Et les morceaux de la structure, des souvenirs, ce sera peut-être moins pour coller, en fait, que pour recouper.
  7. Des textes des autres, les uns après les autres, dans l’ordre : juste un fragment sur le corps. Et alors le corps, dans mon texte, d’un fragment à l’autre, du corps en éclaté qui s’assemble : le corps du texte ?
  8. J’ai dû remanier le premier bloc sur l’insomnie pour une question de rythme et d’accord avec quelques mots et formules utilisés au préalable. Je conserve l’élan initial d’une seule phrase (si c’en est une) sans autre ponctuation que la virgule.
  9. Entre les phrases très courtes et les répétitions de départ, les longues phrases issues, soit des textes déjà existants qui suivent à peu près le rythme initial, vif, à l’aide de virgules intempestives, soit des plages d’exploration du lieu de travail, avec de nombreux points de suspension, et les citations des autres qui peuvent accélérer ou ralentir un rythme déjà instable : je m’y perds. Mais n’est-on pas perdu lors d’une insomnie ? Le corps fatigué, autant qu’il le peut, comme il le peut, fait comme si le sommeil allait arriver, tandis que l’esprit en éveil fait comme si le jour était déjà là, ou encore là. Et de même que le sommeil à sa phase paradoxale, où le rêve fait du sommeil un prochain souvenir, l’insomnie n’est-elle pas comme une veille paradoxale, faisant du sommeil un vieux rêve ? — Cela pour dire que je ne compte pas harmoniser les différentes phases du texte.
  10. Je ne sais pas, après cinq pages A4 pleines et vingt textes lus (sur vingt-cinq actuellement en ligne), comment je vais pouvoir en terminer ni quand. Je ne sais pas non plus comment continuer. Je devrais peut-être arrêter, mais je n’en ai pas fini avec l’action Hygiène et Sécurité qu’on m’avait confiée. Que manque-t-il ? Lisons ce qu’ont fait les autres, ça peut aider. — « Ouvrir respirer tenir coûte que coûte marcher, marcher un pas l’autre, courir. Sauter plus tard. Tout a été dit, alors on cherche, à nouveau et toujours. Comment marcher comment courir comment grandir. Comment. On cherche. » (Vingt et un.)
  11. Et les élisions : rien ou si peu au départ, un peu plus ensuite, et ça devient systématique. C’est comme si je ne voulais pas et que je n’aie finalement pas pu me retenir. — La question de l’oralité couchée sur le texte, que je me suis déjà posée, est un véritable défi.
  12. Une certaine harmonie, et alors la fin, pourrait-elle se mettre en place avec le retour des phrases courtes, du rythme saccadé ? On finit par là où l’on a commencé. C’est bien encadré. Mais a-t-on vraiment avancé ?
  13. Ce dont il me faut encore parler, pour finir, ce sont les fiches que j’avais confectionnées pour organiser l’action de formation Hygiène et Sécurité — en fait, c’était Risques Professionnels. En équilibre instable entre les attendus (apporter des recettes toutes faites, convenues, et souvent connues, sur ce qu’il faut, ce qu’il faudrait faire en fonction de telle situation de travail), et la seule question qui vaille dans le cadre plus général de la santé au travail (et qui constitue aujourd’hui encore mon fil directeur) : comment ça va avec le travail ?
  14. J’ai l’impression d’écrire un brouillon. La faute à la multiplication des contraintes d’écriture ? — Mais est-ce vraiment écrit, un brouillon ?
  15. Des quatre textes sur l’insomnie, deux ont été utilisés. Ça suffira largement. L’insomnie au moustique et à la valve de gonflage pourront bien servir ailleurs.
  16. « On ne quitte pas l’usine sans regarder le ciel », de Joseph Ponthus dans À la ligne.
  17. Vingt-cinq fragments tirés des textes des autres. Merci donc, dans l’ordre des mises en ligne, à Françoise B, Christian C, Sébastien B, Marie-Caroline G, Danièle G-L, Catherine S, Nathalie H, Gabriel K, Michaël S, Brigitte C, Caroline D, Gauthier K, Ugo P, Piero C-H, Bruno L, Monika E, Romain B V, Emmanuelle C, Helena B, Jean-Marie G, Mireille P, Jacques de T, Sylvie S, Claudine D et Huguette A. — Si je pouvais, je piocherais dans les textes qui paraitront avec ou après le mien.
  18. Et encore un texte sans fin possible qui se termine par là où il a commencé, comme pour recommencer.
  19. Finalement, après coup, merci aussi à : Catherine M, Hélène B (imbriquée dans le passage d’Huguette), Simone W, Sophie G (dans le passage d’Huguette) et Annick N.
  20. D’un côté, Les Précieuses ridicules. De l’autre côté de l’imaginaire d’une écriture à deux coups, peut-être René Char dans les Feuillets d’Hypnos (pour un texte sur le sommeil qui ne prend pas, ça tombe plutôt bien, non ?) : « Agir en primitif et prévoir en stratège. »

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