Maison espace-temps

170 La maison coule - photo perso - 2021

C’était un jour d’hiver. Un jour de pluie fine et d’un peu de vent. Peut-être après quelques photos du ciel menaçant ou de la rivière désormais en crue, et devenue ici et là comme un petit lac, entre deux ondées. Arrêté avant de se garer devant la porte personnelle, les essuie-glaces coupés, les gouttes, peu à peu, ont criblé le pare-brise, de part en part. Et le tamis d’eau, doucement saturé, mais plus vite qu’on n’aurait cru, est devenu une sorte de voile aquatique dont les plis changeants, à chaque instant, faisait constamment se dilater la maison. — Ce n’est pas une photo qu’il aurait fallu faire, mais plusieurs, ou même un petit film, que j’aurais alors passé au ralenti pour mieux voir la maison se métamorphoser, insensiblement, comme sous l’effet d’une onde gravitationnelle invisible emportant avec elle l’espace-temps, et mieux voir comment chaque goutte, si fine fussent-elles, portait en elle au moins une de ces ondes, brisée, éparpillée, décuplée, mille et une fois sur le verre, emportait avec elle au moins un fragment de ma maison, dilaté, distendu, divisé mille et une fois, un film très court mais très lent, comme un gif qui durerait des heures, à la limite du diaporama, programmé pour passer en boucle mille et une autre fois. — Jusqu’à savoir enfin que ma maison fut un continuum d’espace-temps.

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